De nombreuses associations cambodgiennes utilisent l'artisanat comme un vecteur de développement. Leurs démarches se caractérisent par une forte dimension humaine et sociale et s'inscrivent dans des logiques de commerce équitable et de développement durable.
Le projet Osmose voit le jour en 1999 sur le lac Tonlé Sap au Cambodge, dans la zone de Prek Toal. Cette forêt, inondée durant la saison des pluies, constitue un refuge pour certaines espèces menacées de grands oiseaux d'eau d'Asie du Sud-Est.
Le japonais Kikuo Morimoto a crée en 1996 l’Institute for Khmer Traditional Textiles, où il développe le projet "Sagesse de la forêt" avec pour objectifs de relancer la production locale de textiles traditionnels et de faire revivre la soierie traditionnelle khmère.
L'association 1001 fontaines pour demain aide les populations reculées du Cambodge à accéder à une eau potable saine. De manière générale, l'accès à l'eau potable implique un système complexe généralement réservé à des zones de population importantes mais l'association a développé des solutions simples accessibles à de petites communautés.
Créée en 1994 à Battambang, l'association Phare Ponleu Selpak, "La lumière de l'art", est avant tout une école gratuite et ouverte à tous. Phare Ponleu Selpak est aussi un centre social qui prend en charge des enfants issus de situations sociales difficiles. Enfin, l'association est connue pour les spectacles de son école de cirque.
De nombreuses associations cambodgiennes utilisent l'artisanat comme un vecteur de développement. Leurs démarches se caractérisent par une forte dimension humaine et sociale et s'inscrivent dans des logiques de commerce équitable et de développement durable. Voici un petit tour d'horizon de différentes associations d'artisanat exemplaires:
Rajana association arts and crafts
Rajana a été fondée en 1995. Basée à Phnom-Penh, cette association fédère 100 producteurs à travers le Cambodge par le biais d'une relation commerciale équitable, avec pour objectifs de développer les compétences et les conditions de vie des artisans en leur procurant un emploi et un revenu.
Rajana permet aux producteurs de travailler à partir de leur domicile et ainsi de gagner leur vie tout en prenant soin de leurs familles. Rajana cherche à créer des produits qui soient un reflet de la culture khmère, tout en les adaptant aux modes de vie internationaux.
Whatthan
Créee en 2004, Whatthan artisans Cambodia est une coopérative indépendante et auto-gérée d'artisans cambodgiens souffrant de handicaps. Son objectif est d'améliorer les conditions de vie des personnes handicapées grâce à la formation et à l'emploi, de leur donner de l'espoir et de l'autonomie. Au Cambodge, les personnes vivant avec un handicap sont marginalisées mais parfaitement capables de gagner leur vie avec dignité.
Pendant la formation, les stagiaires reçoivent une allocation. Une fois la formation terminée, ils sont employés par l'association. Whatthan artisans Cambodia leur garantit des salaires équitables et des avantages. Les bénéfices sont partagés par le personnel et les producteurs, et sont réinvestis dans le développement de la formation.
Khmer artisanry
Khmer artisanry s'est donné pour mission de sauvegarder et revitaliser la tradition cambodgienne du tissage, en particulier les techniques de teinture naturelle, tout en luttant contre la pauvreté dans le monde rural par le développement de l'artisanat. Voilà les neuf objectifs que s'est assignés Khmer artisanry: 1. Revivifier la tradition khmère de la teinture naturelle des kramas en soie et en coton tissés à la main sur des métiers traditionnels. 2. Réintroduire la culture du ver à soie. 3. Ouvrir de nouveaux marchés pour les kramas en soie et en coton obtenus par des teintures naturelles. 4. Donner l'espoir aux artisans souffrant d'handicaps, souvent des femmes, de vivre dignement de leur savoir-faire. 5. Redonner aux femmes la fierté de leur savoir-faire et la qualité de leur travail tout en leur assurant une sécurité financière. 6. Lutter contre la pauvreté en offrant de nouveaux revenus aux paysans et aux artisans du monde rural. 7. Donner une rénumération juste aux artisans. 8. Restaurer la fierté de la culture khmère et attirer de jeunes cambodgiens vers le tissage. 9. Améliorer les conditions de vie dans les campagnes.
Expert dans l’art japonais du yuzen, qui désigne la teinture de la soie pour les kimonos, Kikuo Morimoto crée en 1996 au Cambodge l'organisation non gouvernementale IKTT, l’Institute for Khmer Traditional Textiles. L'institut s'installe d'abord à Phnom Penh puis déménage à Siem Reap, où Morimoto crée un véritable "laboratoire villageois". Il y développe le projet "Sagesse de la forêt", visant à relancer la production locale de textiles traditionnels et faire revivre la soierie traditionnelle khmère, mises à mal durant la seconde moitié du 20e siècle par la guerre mais aussi par l’arrivée de nouvelles techniques et de tissus synthétiques bon marché.
L'IKTT à Siem Reap
Sauvegarde de la tradition khmère du tissage de la soie
Suite au régime des Khmers rouges, le tissage de la soie était devenu tellement rare au Cambodge dans les années 90 que Kikuo Morimoto a dû parcourir le pays pour trouver et recruter des «grand-mères tisserandes» maîtrisant toujours la technique et ayant encore la force de la transmettre, comme les mères cambodgiennes avaient transmis leur savoir-faire à leurs filles siècle après siècle. Il fut un temps, affirme Kikuo Morimoto, où la production de soieries était un fleuron de la culture khmère, à l’instar du kimono au Japon. Cependant, à cause de la disparition quasi totale des techniques traditionnelles et de la vente massive de trésors dignes de musées pendant la guerre, les jeunes générations ne connaissent pas cet élément important de leur patrimoine culturel.
Cultures protégées de l'IKTT à Siem Reap
Ecologie et économie
Les enjeux de ce projet exemplaire ne sont pas seulement culturels, mais aussi écologiques et économiques, s'inscrivant pleinement dans une logique de développement durable. Son ampleur et ses ambitions dépassent la seule formation de nouveaux tisserands: il englobe tout le processus de fabrication de la soie. Outre des ateliers de soierie, il comprend ainsi une forêt protégée où sont cultivés les arbres et les plantes nécessaires à la production de la soie. Les conflits qui ont dévasté le Cambodge ont été fatals aux cultures de mûriers qui nourrissaient les vers à soie, laissés à l'abandon puis abattus pour servir de bois à brûler. De même, l’indigotier et d’autres espèces de plantes utilisées pour les teintures avaient quasiment disparu.
Kikuo Morimoto s’efforce de mettre en pratique sa vision d’une harmonie entre la nature et l'homme. « Il est crucial pour l’homme d’apprendre à vivre en harmonie avec la nature, explique-t-il. C’est à la fois une nécessité économique universelle et un désir spirituel commun.» Les soies ainsi fabriquées sont 100% naturelles, ce qui les rend plus agréables à porter et bénéficie également aux tisserands et aux villages. Kikuo Morimoto rappelle que le Cambodge avait une économie rurale viable. « C’est la guerre qui a détruit cela, mais une modernisation trop rapide et irréfléchie peut, à terme, avoir le même résultat.»
Soucieux de l'avenir, Kikuo Morimoto souhaite que son exemple inspire les jeunes, au Japon comme au Cambodge. « J’espère que les jeunes Japonais réaliseront à quel point il est important de conserver les traditions. Ce faisant, ils contribueront à protéger l’environnement et l’équilibre fragile entre l’homme et la nature.»
L'association 1001 fontaines pour demain aide les populations reculées du Cambodge à accéder à une eau potable saine. Avoir accès à l’eau potable signifie disposer d’une quantité de l’ordre de 20 à 50 litres par jour et par personne pour couvrir l'intégralité des besoins : boire, cuisiner, hygiène...
De manière générale, cet accès à l'eau potable implique un système complexe: captage de l'eau sous terre et en surface, traitement à base de chlore et enfin réseau de distribution jusqu’aux usagers... Compte tenu de leur coût et des moyens techniques qu'elles nécessitent, ces solutions sont généralement réservées à des zones de population importantes: dans de nombreux pays, beaucoup de petits villages n'en disposent pas.
Objectif et solutions
Plus de sept millions de Cambodgiens vivant en milieu rural n'ont pas accès à l'eau potable, sans autre possibilité que de consommer l'eau des rivières ou des mares. L'objectif de l'association est de permettre à ces communautés de produire de manière autonome à partir de l'eau de surface une eau de boisson conforme aux critères de l'OMS. En 2004, trois prototypes fabriqués en France sont installés dans trois villages cambodgiens. Après plusieurs années de mise au point, le système est prêt à être déployé en 2008. Aujourd'hui, 102 micro-entrepreneurs produisent de l'eau potable pour près de 200 000 cambodgiens. Deux nouvelles fontaines sont installées chaque mois dans les villages.
La solution de l'association 1001 fontaines pour demain, simple et durable, repose sur trois principes:
1. L'utilisation de la technologie de purification par ultraviolet, fiable et facile à mettre en oeuvre, garantissant l'absence de contamination bactériologique.
2. Un concept de petit opérateur privé accompagné par une plateforme locale permet d'assurer la pérennité du système, sa maintenance.
3. Un coût minimum pour un maximum de bénéficiaires: ces principes permettent de proposer aux villageois une eau de boisson totalement saine pour moins d'un centime d'euro par litre.
Lo, un documentaire de Rémi Briand
Sorti en 2014, ce documentaire raconte l'histoire de Chay Lo, fondateur de 1001 fontaines pour demain. Chay Lo a grandi dans les régions reculées du nord-est du Cambodge, ancien bastion des Khmers Rouges. Après avoir échappé à la mort, il fait partie de la première promotion d'étudiants à qui l’association Enfants du Mékong offre l’opportunité de poursuivre des études supérieures. Mais on lui diagnostique alors une tumeur au poumon. Grâce à un élan de solidarité, il est opéré en France. De retour au Cambodge après trois mois de convalescence, il poursuit ses études d’ingénieur qu'il achève en France.
Devenu ingénieur agronome, il reçoit la proposition d’un grand groupe français pour s’expatrier en Chine mais il choisit de revenir au Cambodge pour participer à son redressement et aider ses compatriotes sur les problèmes d’accès à l’eau, auxquels il a lui-même été confronté enfant. Il fonde ainsi "1001 fontaines pour demain" dont il dirige la plate-forme locale au Cambodge, l'ONG "Teuk Saat 1001". Chay Lo a été consacré "entrepreneur social de l’année 2011" pour l’Asie et l'ONG "Teuk Saat 1001" récompensée en 2012 dans le cadre des "Asian Sustainability Leadership Awards".
Le projet Osmose voit le jour en 1999 sur le lac Tonlé Sap au Cambodge, dans la zone de Prek Toal. Cette forêt constitue un refuge pour certaines espèces menacées de grands oiseaux d'eau d'Asie du Sud-Est. Le projet allie la protection de l'environnement, l'éducation, l'écotourisme, et le développement des communautés lacustres environnantes.
Le lac Tonlé Sap
Ce lac est le plus grand lac d'eau douce d'Asie du Sud-Est. À la saison des pluies, un phénomène hydrologique unique provoque l'inondation de la plaine et des forêts voisines: les eaux du Mékong en crue, qui ne parviennent plus à s'écouler dans la mer, se déversent en partie dans la rivière du Tonle Sap dont le cours s'inverse alors pour remonter vers le lac. Sa superficie, de 2700 km2 en saison sèche, peut alors s'étendre jusqu'à 12000 km2. A cette époque, il recouvre ainsi 7% de la surface du Cambodge. Cette inondation saisonnière crée un véritable bouillonnement végétal à l'origine de l'extraordinaire vitalité biologique du lac, très riche en poissons et en serpents, classé Réserve de Biosphère par l'UNESCO en 1997. Avec ses 300000 hectares de forêts inondées, le Tonlé Sap offre à sa population abondance et fertilité.
Le lac Tonle Sap
Prek Toal: un écosystème menacé
La forêt inondée de Prek Toal constitue la zone centrale de la Réserve de Biosphère du Tonlé Sap. Elle couvre 21000 ha et abrite des milliers d’oiseaux, dont une quinzaine d’espèces menacées. Autour de cette zone sont établis plusieurs villages de pêcheurs vivant dans des habitations flottantes, adaptées aux crues et décrues du lac. Toutes ces communautés dépendent en grande partie de la pêche. A quelques kilomètres de Prek Toal, la zone de pêche intensive déploie ses filets. En janvier, lorsque le lac se déverse dans le Mékong, deux millions de poissons s'y écoulent par heure. Mais les choses changent et les ressources s'amoindrissent. Une pression humaine de plus en plus forte menace l’équilibre écologique du lac: pêche illégale, braconnage, destruction de la "forêt inondée" pour la culture du riz ou le bois de chauffe... En Chine, on construit des barrages sur le Mékong, alors que d'autres sont en projet ailleurs, menaçant le cycle hydrologique du lac et la migration des poissons.
Enfants dans la forêt inondée
Le projet Osmose
A la création du projet en 1999, certaines colonies d'oiseaux de Prek Toal, pélicans, ibis, marabouts..., étaient dangereusement menacées par des collectes massives d’œufs et oisillons. Depuis qu'une équipe locale de 25 gardes forestiers, comprenant des braconniers reconvertis, a été formée pour protéger les colonies, ce phénomène a fortement baissé et les colonies sont en plein essor.
Osmose contribue à ce succès par ses activités de sensibilisation et d'éducation à l'environnement d'une part, et d'autre part du fait de retombées socio-économiques directes et indirectes liées à l'écotourisme. Facile d'accès depuis Siem-Reap, le site de Prek Toal, exceptionnel par son environnement mais aussi sa dimension cuturelle, possède un fort potentiel touristique qui a été intégré au projet. L'écotourisme est à la fois un moteur économique, les bénéfices générés étant affectés au développement local, et un moyen de sensibilisation: Osmose a ainsi mis en place un programme de tourisme communautaire permettant de s'immerger dans le mode de vie local, en contact étroit avec les villageois. L'association a également développé l'artisanat de la jacinthe d'eau. Les femmes du village fabriquent avec les tiges de cette plante parasite des sacs ou des tapis.
Créée en 1994 à Battambang, l'association Phare Ponleu Selpak, "La lumière de l'art", trouve ses origines en 1986 dans des ateliers de dessin destinés aux enfants du camp de réfugiés de Site 2 sur la frontière thaïlandaise. Après le retour des réfugiés au Cambodge, huit jeunes devenus adultes poursuivent cette expérience en créant l'association Phare Ponleu Selpak, avec pour objectifs de promouvoir la culture khmère et d'aider les jeunes réfugiés à surmonter, par l'expression et l'art en particulier, les traumatismes de la guerre et de la vie en camp.
Phare
Ponleu Selpak est avant tout une école où toutes les activités sont gratuites et
ouvertes à tous. L’école
publique construite en 2000 accueille 1400 enfants, qui peuvent s'ils le
souhaitent s’inscrire dans l’une des quatre écoles artistiques: arts visuels,
musique, cirque et théâtre. Phare Ponleu Selpak est aussi un centre social qui prend en charge
des enfants issus de situations sociales difficiles.
L’école de cirque accueille et entraine les jeunes cambodgiens à plusieurs disciplines circassiennes: acrobatie, jonglage, équilibre, contorsion, trapèze et clown. Phare Ponleu Selpak est aujourd'hui renommée pour les spectacles qu'elle développe avec les élèves issus de son école et qui connaissent un succès grandissant, notamment en France. Les racines khmères sont omniprésentes mais les créations s'ouvrent aux influences extérieures et mêlent diverses disciplines: cirque, danse, musique live... Si vous allez à
Battambang, ne ratez pas l'occasion de voir un spectacle du cirque Phare Ponleu
Selpak, que l'on peut aussi voir en France chaque année lors d'une tournée de plusieurs
mois.
Présentation des spectacles de l'école de cirque
2012.Développé en collaboration avec la Compagnie UBI, le spectacle "Rouge", physique et poétique, mêle danse, acrobaties et cirque pour
évoquer le régime des Khmers rouges.
2013.Le spectacle "Sokha" raconte l’histoire d'un enfant témoin de la guerre, toujours présente dans les mémoires. "Sokha" mêle l'imaginaire, le mythe à la mémoire, l'histoire. Il mêle également les disciplines: cirque, les arts-platiques, musique, danse... En voici un aperçu, dont les extraits ont été enregistrés à Battambang au Cambodge, où les spectacles sont également présentés:
2014. Le nouveau spectacle du cirque Phare Ponleu Selpak, "Eclipse", aborde le thème de la discrimination. L’histoire se déroule dans un petit village cambodgien, paisible... jusqu'au jour où un homme arrive. Etrange, différent, il est rejeté par les villageois et se tourne vers les dieux, dont il demande l'intervention... Ceux-ci répondent à ses prières en le transformant en une femme magnifique dont tous les hommes du village tombent amoureux et rivalisent pour gagner ses faveurs. Mais un fléau s'abat alors sur le village dont les habitants soupçonnent la jeune femme d’en être la cause. Condamnée à mort par les villageois, elle s'enfuit dans une course-poursuite épique à travers la campagne cambodgienne, vers un dénouement spectaculaire.
2015. «Chills», frissons, confronte de jeunes écoliers énergiques et insouciants à deux fantômes. La tradition animiste est encore très forte au Cambodge, où les fantômes, prisonniers entre la vie et la réincarnation, font partie de la culture populaire. Les artistes de Chills font partie de la cinquième promotion des étudiants de l’école de cirque de Phare Ponleu
Selpak. Ils ont entre 18 et 22 ans, et s’entraînent au cirque quotidiennement depuis six ans. Aujourd'hui, ils ont atteint un niveau professionnel et possèdent déjà une expérience fournie de la scène et des tournées internationales..