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Art et culture: sommaire

Cette rubrique présente la culture khmère sous toutes ses formes: artisanat, musique, danse, fêtes traditionnelles, cinéma...

L'artisanat au Cambodge

Au delà du krama, découvrez plus largement l'artisanat khmer, qui s’ancre dans une longue tradition mais qui joue aujourd'hui un rôle économique important dans les campagnes.

"Thnot", le palmier à sucre

Le thnôt, le palmier à sucre, dont de nombreux produits sont issus, est un symbole du Cambodge, au même titre que le krama ou les temples d'Angkor. Les Cambodgiens l'exploitent de multiples façons.

Fêtes traditionnelles khmères

Cet article présente les principales fêtes traditionnelles khmères: le nouvel an khmer qui a lieu autour de la mi-avril, la fête des morts en septembre et la fête de l'eau fin octobre/début novembre.

Le Ballet Royal du Cambodge

Emblèmes de la culture khmère, le Ballet royal du Cambodge et la danse classique khmère accompagnent depuis plus d'un millénaire la vie de la cour khmère. Investie d'un rôle sacré, la danse classique incarne les valeurs traditionnelles et les mythes fondateurs du peuple khmer.

Les apsaras et l'art sacré de la danse

Selon la mythologie, les apsaras sont des créatures divines, d'une grande beauté et à là voix envoûtante, expertes en musique et dans l'art de la danse. Indra, roi des dieux, appréciait leur compagnie et certaines étaient ses favorites.

Chapei, le blues du Cambodge

Instrument originaire du Cambodge, le chapei est un luth à deux cordes qui se caractérise par un long manche. La mélodie est jouée sur la corde supérieure, tandis que la corde grave sert à l'accompagnement rythmique.

Sin Sisamouth, Ros Sereysothea, Pan Ron... et leur héritage.

L'atmosphère insouciante du Cambodge entre 1955 et 1970 sous le régime républicain du prince Sihanouk a donné naissance à une musique pop/rock qui chantait l’amour et la joie de vivre, quelques années seulement avant le régime des Khmers rouges.

Dengue fever, pop khmère et rock psychédélique

Dengue Fever est un groupe américain fondé en 2001 à Los Angeles qui mêle la musique pop/rock cambodgienne, ainsi que le genre traditionnel du chapei, au rock psychédélique.

Le cinéma de Rithy Panh

Toute la vie et l'œuvre du cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh ont été profondément marquées par le génocide des Khmers rouges entre 1975 et 1979.


L'image manquante

Dans son dernier film, Rithy Panh poursuit sa quête de mémoire, ici la recherche des images manquantes, celles du régime des Khmers Rouges, mais aussi celles de son enfance dans le monde d'avant.

Le Sommeil d'or, Davy Chou

Le Sommeil d'or est le premier long-métrage de Davy Chou, qui est le petit-fils de Van Chann, un des plus grands producteurs de l'histoire du cinéma cambodgien. C'est l'histoire méconnue de ce cinéma que son film tente de retracer.

L'artisanat au Cambodge

L'artisanat au Cambodge est essentiellement de type familial et s’ancre dans une longue tradition. Durant le régime des Khmers rouges, certains savoir-faire artisanaux ont bien failli disparaître mais ils sont aujourd’hui en pleine renaissance, sauvés et ravivés grâce à la mémoire des Cambodgiens et l’aide de multiples organisations internationales. Mais l'enjeu n'est pas seulement culturel: dans le Cambodge d'aujourd'hui, l'artisanat joue un rôle économique important et assure souvent un complément de revenu aux familles vivant du travail agricole dans les rizières.

Le tissage de la soie et du coton 


Le tissage est l’un des principaux artisanats cambodgiens, figurant parmi les savoirs-faire traditionnels les plus anciens du pays. Les bas-reliefs des temples représentent ainsi des personnages vêtus de pièces d'étoffes remarquablement travaillées. Les centres traditionnels du tissage de la soie et du coton sont les provinces de Kampong Cham et de Takéo. Le tissage y est toujours florissant et on y trouve encore souvent des métiers à tisser à l'abri des maisons sur pilotis dans les villages.

Un des symboles du tissage au Cambodge est le krama. Ce foulard traditionnel est devenu un emblême national, 
une véritable identité vestimentaire. Outre le krama, la soie cambodgienne, autrefois internationalement réputée pour sa qualité, constitue un autre symbole du tissage au Cambodge. La soie y est encore fabriquée à la main selon les méthodes traditionnelles, malgré des produits de base différents d'autrefois. La fabrication, teinture et tissage, de chaque pièce est très longue, pouvant prendre jusqu’à plusieurs semaines.

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Métier à tisser traditionnel au Cambodge

Les poteries de Kampong Chhnang


C'est à Kampong Chhnang, au confluent du lac Tonlé Sap, et dans les villages alentours (Ondong Rossey, Phum Kedey Thnot, Phum Bagn Chnob, Chrey Ba…) que sont produites les poteries traditionnelles : cette province est le centre artisanal de la poterie au Cambdoge et son nom même, ‘port de la poterie’, souligne ces origines. La poterie est également un artisanat ancré historiquement dans la culture khmère: on peut ainsi admirer de très belles pièces au musée national de Phnom-Penh, notamment certaines poteries zoomorphes caractéristiques.

 Aujourd’hui encore, la manière de travailler reste très ancrée dans les traditions, et reste avant tout une histoire de famille, une caractéristique récurrente de l’artisanat khmer. Les maisons cambodgiennes étant sur pilotis, les familles disposent souvent dans cette province d’un atelier de poterie sous le corps d’habitation. Chaque famille est spécialisée dans une forme spécifique de poteries: pots, jarres, couvercles, vases, cruches, marmites… Les poteries artisanales de Kampong Chhnang s’exportent dans tout le pays.

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Situation de Kompong Chhnang sur le territoire cambodgien

L’artisanat de l’argent s’inscrit également dans une longue tradition. Au onzième siècle, le travail de l’argent était déjà très développé; des objets rituels, notamment le bol à offrandes, étaient utilisés lors des cérémonies religieuses dans les temples.

Les orfèvres cambodgiens utilisent principalement les techniques du ciselage, du martelage et du repoussage, dont ils sont renommés pour être des experts. Les artisans khmers travaillent avec un alliage contenant 70 à 80 pour cent d'argent pur. Aujourd’hui, le travail artisanal de l’argent est une spécialité de la minorité Cham.

Avec l'expansion du tourisme, cet artisanat est en plein développement. Outre les bols, toujours utilisés aujourd’hui lors des cérémonies religieuses, on pourrait citer un deuxième objet phare du travail de l’argent très répandu: les boîtes en argent, qui servaient autrefois à stocker des noix de bétel, de l’opium, des baumes, des produits de médecines traditionnelles ou de petits bijoux…
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Objets khmers en argent

Le travail du cuir


Ce savoir-faire artisanal très répandu au Cambodge est symbolisé par les ‘sbaek’, les marionnettes en cuir, qui trouvent leurs origines dans le théâtre d’ombres khmer, un art qui était très populaire avant la période Khmers Rouges. Aujourd’hui, après des années d’interruption, les troupes de théâtre d’ombres renaissent à Siem Reap, Phnom Penh et Sisophon, soutenues par différentes associations culturelles et organismes internationaux luttant pour la protection des patrimoines immatériels.

Ces marionnettes sont confectionnées en cuir de vache ou de buffle, deux animaux très courants au Cambodge. Finement sculptées afin de créer des jeux d’ombre et de lumière, elles peuvent représenter des dieux, des animaux fabuleux, des rois, des princesses, des personnages de la vie quotidienne... Ces silhouettes sont articulées et enduites d’un vernis végétal.

A lire aussi notre article sur le thnôt, le palmier à sucre, et les produits artisanaux qui en sont issus.

"Thnot", le palmier à sucre

En langue khmère, "Thnot" désigne le palmier à sucre, également connu sous le nom latin "Borassus Flabellifer". Cette espèce originaire d'Inde résiste bien à la chaleur, à la sécheresse et à l'humidité, faisant du thnot un arbre parfaitement adapté au climat cambodgien, marqué par une saison sèche et une mousson qui inonde une partie des terres.

Haut de 10 à 30 mètres, cet arbre au tronc longiligne est couronné par un bouquet de 25 à 40 feuilles. Il est souvent cultivé en Asie du Sud-Est, notamment pour la production de sucre, mais pas seulement. Cet arbre est ainsi exploité de multiples manières par les Cambodgiens, de la construction des maisons à la fabrication de nombreux produits artisanaux. Comme le krama, cet arbre est  un symbole du Cambodge, de sa culture et son artisanat.

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"Thnot", le palmier à sucre emblématique du Cambodge


Arbre emblématique du Cambodge


D’après les évaluations scientifiques, le Cambodge compte environ 2.500.000 palmiers à sucre, particulièrement répandus dans les province de Kandal, Kampong Chhnang, Kampong Speu, Kampong Cham, Takeo, Kampot, Pursat, Prey Véng et Svay Rieng. Cet arbre est un véritable emblême du Cambodge, intimement lié à son histoire, ses paysages. Selon la légende, le roi ordonna que chaque citoyen doive planter un palmier pour faire partie du peuple khmer. Ce palmier est aujourd'hui encore considéré comme le symbole de l'âme khmère. Avec son haut tronc et ses grandes feuilles en bouquet, la silhouette du palmier à sucre s'élevant au milieu des rizières est typique des paysages cambodgiens.

"Le "thnôt" n’est pas indigène. Il est vraisemblablement originaire de l’inde méridionale où il est très exploité. Cette forte exploitation ne se limite pas à l’Inde, ni au Cambodge mais concerne tous les pays d’Asie du sud-est. Mais le Cambodge a un trait particulier: nous plantons les "doeum thnôt" à la rizière. Ce qui donne une beauté très particulière aux "srè" khmers par rapport aux autres nations."
Commentaire de NeakReach sur le forum de Khmer Network

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Palmiers à sucre dans la province de Kampong Chhnang

Culture et récolte


Le palmier à sucre joue également un rôle économique important dans le monde rural. Plus d'un million sont exploités par les cultivateurs khmers, qui le plantent par semis autour des maisons, des villages ou le long des chemins et des diguettes. L'exploitation des palmiers représente pour les paysans une source de revenus complémentaire à la culture du riz, au même titre que le tissage des kramas. La récolte commence en novembre dès l’apparition des premières inflorescences et se termine en mai; cette période de six mois coïncide avec la saison sèche, période de repos dans les régions de rizière, une fois les moissons terminées.

La sève ou jus de palme est obtenue par incision des fleurs; ce sont surtout les fleurs des arbres femelles qui donnent le jus. Un palmier adulte produit environ 400 litres de sève, soit environ 60 kg de sucre. Il faut grimper deux fois par jour jusqu'au panache de chaque arbre exploité pour récolter le jus qui s’écoule dans les récipients préalablement installés, des tubes de bambou creux appelés "ampong". Le jus est plus abondant la nuit et la récolte du matin est meilleure que la récolte du soir.

Pour grimper à l'arbre, on place sur le tronc un bambou dont les branches latérales coupées forment une échelle. Récolter la sève du palmier à sucre est un métier difficile et dangereux qui demande beaucoup d'expérience. Peu d'hommes en sont capables et les paysans évitent ainsi de monter au thnôt, sauf s'ils ne peuvent pas faire autrement Des spécialistes viennent des grandes régions productrices pour la récolte, mais certains jeunes hommes des familles pauvres n'ayant pas de rizières à cultiver exercent aussi ce métier.
 
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Récolte de la sève du palmier à sucre


"Tout y est utile, sauf le bruit du vent dans les palmes."


Le thnot est à l'origine de différents produits alimentaires traditionnels. Consommé frais, le jus de palme constitue une boisson très nourrissante. Il peut aussi être transformé par cuisson en sucre de palme, que l’on retrouvera dans les pâtisseries, les desserts lactés… Mis à fermenter, il produit du vin de palme ou, après distillation, de l’alcool. Ses fruits sont consommés de diverses manières. 

Outre l'alimentation, cet arbre est également exploité à de nombreuses autres fins. Des racines, utilisées dans la préparation de remèdes médicinaux, jusqu'aux feuilles, toutes les parties du palmier à sucre sont utilisées. Son tronc fournit des solives et des poutres pour la construction des maisons; évidé, il sert de pirogue. Ses feuilles sont utilisées pour couvrir les toits et les murs des habitations, mais aussi pour fabriquer des objets usuels, notamment par tressage: nattes, chapeaux, éventails ou ces boites typiquement cambodgiennes appelées "smock".

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Mur d'une maison traditionnelle en feuille de palme

"Un paysan qui a besoin d’une ficelle, soit pour attacher ses bêtes, soit pour sa charrue, peut en trouver dans le palmier, sur place, sans aller loin. Leurs feuilles servent à faire le toit d’une cabane, lieu de pause entre deux labours. Les plus prévoyants tressent leurs ficelles pendant leur pause au pied de l’arbre. En écrasant les pédoncules (ou queue) des feuilles du palmier, on y extrait de fins fils souples mais solides avec lesquels les paysans font des ficelles ou des cordons. Voilà pourquoi il plante le palmier à la rizière."
Commentaire de Seun Nmott sur le forum de Khmer Network

Quelques produits à base de feuille de palme


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Eventail en feuille de palme

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"Smock" en feuille de palme

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Feuille de palme

Fêtes traditionnelles khmères

Le nouvel an khmer


Le nouvel an khmer, Chaul Chnam Thmey, qui signifie "entrer dans la nouvelle année", est la plus grande fête traditionnelle au Cambodge. Sa célébration remonte à la période du grand empire khmer. Depuis cette époque, le premier jour de chaque nouvelle année se situe aux alentours de la mi-avril, La date précise du nouvel an est calculée chaque année par les Haura, sortes de devins astrologues, selon le "Moha Sangkran", l'horoscope antique khmer. Les festivités durent trois jours. 

Durant cette période, la tradition veut que l’on verse de l’eau ou du plâtre sur les passants dans les rues, tandis que les Cambodgiens multiplient les offrandes, dans leur maison, mais aussi dans les pagodes. Depuis une trentaine d'années, fidèles à une habitude en passe de devenir une tradition, les Cambodgiens profitent des jours de congés du nouvel an pour se rendre en pèlerinage à Angkor. Dans certaines provinces, le nouvel an est précédé et prolongé de jeux populaires pendant un mois avant et presque un mois après l'événement.

La fête des morts


"Pchum ben" est une fête traditionnelle cambodgienne qui se déroule quinze jours après le premier jour de la lune décroissante du mois de septembre. A cette occasion, les Cambodgiens bénéficient de trois jours fériés pour se réunir en famille et commémorer les esprits des défunts en leur faisant des offrandes. L’origine du mot "Pchum Ben", serait une contraction des termes "Prachum" (« se réunir ») et "Benda" (« faire des offrandes »). On en trouve les premières traces historiques dans des inscriptions de la fin du 9e siècle montrant qu'on offrait des boules de riz ("Baï Ben") aux âmes délaissées.

Les cérémonies duraient autrefois trois mois, mais aujourd’hui, elles se limitent aux deux semaines durant lesquelles les âmes errantes sont libérées du monde des esprits. Selon la croyance, certaines âmes, du fait d'un mauvais karma, ne se réincarnent pas, restant prisonnières du monde des esprits. Cependant, tous les ans, Yama, Dieu des enfers, les libère durant quinze jours, afin qu’elles puissent rejoindre leur famille, méditer et se repentir de leurs fautes.

Pchum Ben est le quinzième et dernier jour de ces cérémonies, marqué par de larges rassemblements pour des festivités dans les pagodes bouddhistes. En offrant à manger et un meilleur karma aux âmes bloquées dans le monde des esprits, les vivants les ramènent dans le chemin de la réincarnation et accumulent ainsi pour eux-mêmes des mérites pour un meilleur karma. 


La fête de l'eau


Célébrée dans toute l’Asie du sud-est, la fête de l'eau, "Bom Om Teuk" au Cambodge, est l’une des grandes fêtes traditionnelles du pays. Dans le passé, les Khmers l’appelaient également la "fête des joutes des pirogues" ou encore "fête des feux flottants". Très populaire, cette fête a lieu fin octobre, début novembre, selon la pleine lune, donnant lieu à trois jours de festivités, fériés pour les Cambodgiens. Dans la culture khmère, la fête de l'eau marque l'inversion du courant de la rivière Tonle Sap, un phénomène hydrologique unique au monde du à la mousson: durant la saison des pluies, le Mekong en crue ne parvient plus à se déverser en totalité dans la mer et une partie de ses eaux se déverse alors dans la rivière Tonle Sap, dont le cours s'inverse une première fois pour remonter vers le lac Tonle Sap et inonder de nombreuses terres.

A la fin de la saison des pluies, lorsque la pleine lune de fin octobre ou début novembre arrive, les Cambodgiens fêtent donc traditionnellement l'inversion du cours d'eau du Tonle Sap, quand le lac et la rivière se déversent à nouveau dans le Mekong, vers l'océan. Les préparatifs débutent longtemps à l'avance par la préparation des pirogues, à l’abri dans les enclos des pagodes, qui sont minutieusement inspectées et rénovées avant d'être remises à l’eau, sous l’œil attentif des habitants. Elles sont ornées de motifs multicolores, se terminant parfois d'une tête de serpent sculptée, le naga sacré. Les plus grandes peuvent mesurer près de 40 mètres de long et embarquer de 70 à 80 rameurs, dont les efforts sont rythmés par des musiciens à l’aide de gongs et de tambourins.

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Course de pirogue durant la fête de l'eau, photographie de René Têtart entre 1919 et 1926

Dans les semaines précédent la fête de Phnom Penh, des courses sont organisées dans toutes les villes situées près d'un cours d'eau, pour que les plus beaux bateaux puissent ensuite être acheminés dans la capitale. A Phnom Penh, les courses durent trois jours et rassemblent plus de quatre cent pirogues venues de tout le pays. Chaque après-midi, face au palais royal, les pirogues s'affrontent deux par deux, sous les yeux du roi et d'une foule enthousiaste massée le long du quai Sisowath. Le dernier soir donne lieu à un feu d'artifice et une procession d'embarcations illuminées. Les Cambodgiens déposent également de petites bougies sur la rivière, en hommage à la lune, et font un vœu. La fête dure toute la nuit.

En 2010, la fête a été endeuillée par une bousculade géante survenue sur le pont de Koh Pich reliant Phnom-Penh à "Diamond Island", une petite île sur le Mekong. Des centaines de personnes se sont retrouvées prises au piège d'un gigantesque mouvement de foule. Cette panique collective serait née de la rumeur que le pont allait s'écrouler. Ce drame fera au total plus de 300 victimes. Puis les trois éditions suivantes furent annulées pour différents motifs. En 2011, la fête de l’eau  est annulée suite aux inondations catastrophiques qui ont touché le pays, tuant 247 personnes, détruisant les récoltes et de nombreuses infrastructures. Ensuite, en 2012, la fête a été annulée en raison du deuil du roi Norodom Sihanouk. Enfin, en 2013, de nouvelles inondations dévastatrices frappent le Cambodge, faisant une centaine de victimes, et entraînant à nouveau l'annulation des festivités. L'édition 2014 est donc la première depuis trois ans.

Le Ballet Royal du Cambodge

Emblèmes de la culture khmère et plus anciennes formes d’art vivant encore dansée de nos jours, le Ballet royal du Cambodge et la danse classique khmère accompagnent depuis plus d'un millénaire la vie de la cour khmère, ses événements et ses cérémonies: couronnements, mariages, funérailles, fêtes... Ce serait Jayavarman II, roi fondateur de la dynastie angkorienne, qui aurait donné naissance à cet art en s’entourant de danseuses délicates dont les chorégraphies étaient inspirées des légendes anciennes. Investie d'un rôle sacré et symbolique, la danse classique incarne les valeurs traditionnelles et les mythes fondateurs du peuple khmer.
A lire aussi sur le sujet: Les apsaras

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Ballerines du roi Sisowath (1840-1927)


Presque tous les membres du ballet, maîtres de danse et de musique, danseuses... disparurent durant le génocide des Khmers RougesSur près de quatre cents danseuses, elles n’étaient plus qu’une trentaine de rescapées à la chute du régime en 1979. Cet art millénaire, qui se transmettait de génération en génération sans support écrit, était menacé de disparition. Il fallut d'abord s'atteler à regrouper les rares survivantes avant de rouvrir en 1981 l’école où se formaient les futures danseuses pour qu'elles puissent transmette leur art à de jeunes fillesTreize ans plus tard, en 1994, après les dix à douze années d’enseignement requis pour former une nouvelle génération de danseuses, le Ballet royal du Cambodge était prêt à danser à nouveau.

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Ballet royal du Cambodge en 2010 à Paris


La danse classique khmère


Caractérisée par la lenteur et la grâce de ses mouvements, la danse classique khmère est un art exigeant où chaque geste, chaque mouvement a sa signification, obéissant à des règles strictes. Le répertoire classique comprend quatre types de personnages: Neang la femme, Neayrong l'homme, Yeak le géant et Sva le singe. A chacun correspondent des costumes, un maquillage, des masques... mais aussi des gestes et postures codifiés, dont la maîtrise exige des années d'efforts et qui permettent aux danseuses d'exprimer toutes les émotions humaines: la peur, la colère, l'amour, la joie... Le rôle des mains est essentiel dans la danse classique khmère, le corps ne semblant là que pour porter ce langage: la danseuse cambodgienne parle avec les mains.

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La princesse Bopha Devi dansant, 1965

Les chorégraphies sont accompagnées d'un orchestre et d'un choeur qui commente l'action et souligne les émotions mimées par les danseuses. Chaque chant sollicite un geste, une posture de la danseuse, qui exprime ainsi les sentiments et les actions chantés par le choeur. Danse et musique sont intimement liés et se répondent.

Les apsaras et l'art sacré de la danse

Selon la mythologie, les apsaras, littéralement « celles qui glissent sur l’eau » en sanskrit, sont des créatures divines sorties des flots lors du barattage de la mer de lait par les dieux, Deva, et les démons, Asura. Elles sont d'une grande beauté et possèdent une voix envoûtante; elles sont expertes en musique et excellent dans l'art de la danse. Indra, roi des dieux et souverain des cieux, appréciait leur compagnie et certaines d'entre elles étaient ses favorites. Quand un sage acquérait trop de pouvoirs sur terre par l'ascèse, Indra envoyait une apsara pour le tenter et lui faire perdre ainsi ses pouvoirs. Les apsaras les plus connues sont Urvasi, Rambha, reine des apsaras, et Tilottama.


Urvasi, apsara légendaire


Urvasi ou Urvashi est la plus connue des apsaras. Parmi les nombreuses légendes concernant sa naissance, voici la plus répandue: le roi des dieux, Indra, ne voulait pas que les sages Narayana et Nara acquièrent des pouvoirs divins grâce à la méditation; aussi, il envoya deux apsaras pour les distraire. Mais Narayana, afin de montrer sa détermination, frappa sur sa cuisse pour en faire jaillir une nymphe d'une beauté sans égal. Cette créature fut nommée Urvasi, "Ur" signifiant "cuisse" en sanskrit. Selon le poète indien Ramdhari, Urvasi incarne la beauté féminine capable de susciter le désir absolu chez les hommes.


Rambha, reine des apsaras


Rambha était la reine des apsaras, inégalée dans l'art de la musique, de la danse et de l'amour. Elle était ainsi souvent appelée par le roi des dieux, Indra, pour distraire et briser l'ascèse des sages qui acquéraient trop de pouvoirs dans le monde terrestre et menaçaient ainsi l'ordre des trois mondes. La légende raconte qu'elle fût un jour envoyée pour tenter de séduire Vishwamitra, un sage très puissant, qui se mit en colère et la changea en pierre pour des milliers d'années.

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Apsara Rambha à Angkor Vat
Cliquez sur l'image pour accéder à l'album Apsaras

Tilottama et les démons


Tilottama a été créée par Vishvakarma à la demande de Brahmâ pour détruire les démons Sunda et Upasunda, deux frères qui voulaient dominer le monde et semaient la terreur. Pour lui donner naissance, Vishvakarma rassembla avec soin tout ce qu'il put trouver de plus beau dans les trois mondes, êtres vivants ou objets inanimés. Son corps était d'une beauté parfaite et le regard ne pouvait s'en détacher. Quand Tilottama apparut aux deux frères, tous deux devinrent fous de désir: Sunda la saisit par sa main droite, Upasunda par sa main gauche. Aveuglés par leur passion, ils saisirent leur massue et s'entretuèrent.

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Sunda et Upasunda se disputant Tilottama.
Cambodge, Fronton de la porte ouest du Banteay Srei, vers 967.
Grès. Musée Guimet, Paris.


Les apsaras et l'art sacré de la danse

Au Cambodge, l’art de la danse est intimement lié à la longue histoire du pays. Il semble que les arts de la cour des rois d'Angkor trouvent leur origine au début du 9ème siècle sous Jayavarman II, qui introduisit maintes traditions musicales et chorégraphiques liées au culte civaïque du roi-dieu. Selon la légende, ce roi était le fils d'Indra, qui vint sur terre pour le couronnement de son fils et lui offrit, outre le royaume du Cambodge et les attributs de la royauté, les apsaras, danseuses célestes, pour qu'elles livrent aux Khmers les secrets de la chorégraphie. 

L’art sacré des danseuses apsara s'est épanoui durant des siècles à la cour des rois khmers, immortalisé dans les bas-reliefs des temples. Ces danses constituent un langage symbolique, message adressé par le roi, incarnation de Shiva sur la Terre, aux Dieux et aux ancêtres. Les apsaras dansaient ainsi pour la prospérité du peuple khmer.

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Danse d'apsaras, bas-relief du temple Bayon
Cliquez sur l'image pour accéder à l'album "Apsaras"

Après avoir avoir failli disparaître sous le régime des khmers rouges, la danse classique khmère renaît aujourd’hui grâce à certaines personnes qui ont pu perpétuer cette tradition:
« Lorsque j’avais neuf ans, ma grand-mère m’a conduit au Palais pour me présenter à la Reine et je suis devenue l’une des danseuses du Ballet royal du Cambodge ! » se souvient Sam Sathya, professeur à l’école des Beaux Arts de Phnom Penh. « Durant le régime Khmer rouge, alors que j’étais forcée de travailler dans les rizières, je continuais à répéter, en cachette, les mouvements des chorégraphies. C’est la danse qui m’a sauvée car j’espèrais, plus que tout, la voir revivre et je ne voulais pas disparaître avec elle ».

Véritable héritage national au Cambodge, la danse classique khmère bénéficie aujourd'hui d'une reconnaissance internationale et a été classée patrimoine culturel de l'humanité par l'UNESCO en 2008.
A lire aussi sur le sujet: Le ballet royal du Cambodge

Chapei, le blues du Cambodge

Instrument originaire du Cambodge, le chapei est un luth à deux cordes, quatre autrefois, qui se caractérise par un long manche pouvant mesurer jusqu'à un mètre cinquante. Généralement, il est constitué d'une caisse en bois de krasaing ou de jacquier et d'un manche en teck. Ces deux pièces sont fixées l'une à l'autre par une cheville en os d'éléphant. La mélodie est jouée sur la corde supérieure, tandis que la corde grave sert à la ponctuation et à l'accompagnement rythmique.

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Cambodgienne jouant du chapei,
photographie d'Emile Gsell entre 1866 et 1873.

Origines du chapei



Les origines précises de cet instrument ancien ne sont pas connues mais on en trouve déjà la trace sur certains bas-reliefs d'Angkor Vat. A l'époque de l'Empire Khmer, il faisait partie des orchestres de cour jusqu'à ce que le roi An Duong, au 19e siècle, le fasse sortir de l'orchestre. Le chapei devient alors un instrument accompagnant les poèmes ou les contes. Le chapei a ainsi donné son nom à un genre poético-musical enraciné dans la culture cambodgienne mais devenu aujourd'hui marginal.

Les joueurs de chapei se produisent en général seuls, ou à deux. L'art du chapei réside autant dans la virtuosité du jeu que du verbe. "Si vous entendez beaucoup d'instrumental, c'est que le poète n'est pas inspiré, car, dans le chapei, la musique aide à prendre le temps de construire ses vers", explique Prach Choun, l'un des plus grands maîtres du genre avec Kong Nay.

Une mélodie répétitive accompagne des chants qui peuvent durer quelques minutes comme plusieurs heures. et qui transmettent à travers leurs paroles les valeurs traditionnelles de la société khmère. Des scènes de ménage aux légendes, ils content aussi bien des chroniques de la vie quotidienne que des histoires traditionnelles, des chants de nature religieuse, des récits liés à la littérature khmère ancienne...

Kong Nay, un des maîtres du chapei

Kong Nay, le Ray Charles du Cambodge


Kong Nay est né en 1946 dans la province de Kampot. A l'âge de quatre ans, il perd la vue  à la suite d'une variole. «Mon grand oncle jouait du chapei. A treize ans, je lui ai demandé de m'apprendre.» Kong Nay maïtrise vite l'instrument et commence à se produire dans la province de Kampot dès l'âge de seize ans. On le demande pour les fêtes, les mariages... Sa renommée grandit.

Lorsque les Khmers Rouges prennent le pouvoir, ils le contraignent à chanter la gloire du régime auprès des déportés sur les chantiers et dans les rizières. Mais il détourne, au péril de sa vie, les paroles de ces chants patriotiques pour faire passer auprès des déportés des messages de soutien. Les autorités s'en aperçoivent et l'envoient alors travailler dans une manufacture de cordagesKong Nay ne se remettra à jouer qu'après la chute du régime des Khmers Rouges. Celui que l'on surnomme le Ray Charles du Cambodge est aujourd'hui considéré comme l'un des deux plus grands artistes de chapei avec Prach Choun. 


Prach Choun, le roi du chapei


Prach Choun est né 1936 à Samor, dans la province de Takeo, à une centaine de kilomètres au sud de Phnom Penh. Surnommé le «roi du chapei», Prach Choun en est un des derniers maîtres. "Il n'existe plus aujourd'hui de musiciens de chapei, si ce n'est moi et Kong Nay. Les Khmers rouges les ont tous tués", explique Prach Choun.

Sous Pol Pot, le chapei était interdit, considéré comme un vestige de l'ancien monde, et Prach Choun, devenu aveugle à l'âge de sept ans suite à une rougeole, n'a échappé à la mort que grâce à sa cécité. "Dans mon village, on a expliqué à l'Angkar que je ne pouvais pas tenir d'armes et que j'allais de toute façon mourir de faiblesse." En 1979, après la chute des Khmers Rouges, Prach Choun est invité par le nouveau gouvernement à chanter à la radio nationale. Prach Choun se produit également à l'occasion des fêtes traditionnelles, la fête des eaux, le Nouvel An khmer, la fête des morts.

Sin Sisamouth, Ros Sereysothea, Pan Ron... et leur héritage.

“Cette année, j’ai 16 ans… Il n’y a pas de craintes à avoir, la vie est comme une fleur. Qu’est-ce que l’amour ? Est-ce amer, aigre ou sucré ?” Les paroles de Chnam Aun Dop-Pram Mouy, “J’ai 16 ans”, chantées par Ros Sereysothea, traduisent l'atmosphère insouciante du Cambodge entre 1955 et 1970 sous le régime républicain du prince Sihanouk.

S'il a obtenu l'indépendance en 1953, le Cambodge est alors un des pays d'Asie du sud-est les plus ouverts sur l'extérieur. Cette période a ainsi donné naissance à une musique pop/rock, métissage entre la culture khmère et des influences musicales occidentales. Ses stars, Ros Sereysothea, Sin Sisamouth et Pan Ron, chantaient la joie de vivre, quelques années seulement avant le régime des Khmers rouges, sous lequel ces jeunes artistes connaîtront un destin tragique.


 "Chnam Aun Dop-Pram Mouy ", “J’ai 16 ans”
Ros Sereysothea


Sin Sisamouth


Sin Sisamouth est né en 1935. Jeune homme passionné de musique, il étudie d'abord la médecine à Phnom Penh, tout en travaillant sa voix et en écrivant des chansons. Lorsque le Cambodge accède à l'indépendance en 1953Sin Sisamouth s'est déjà fait remarquer, notamment par la radio nationale qui décide de l'embaucher. Parallèlement à ses débuts dans le monde de la musique, il poursuit ses études, à l'issue desquelles il se marie. C'est à cette époque qu'il commence à devenir populaire. Son talent, sa voix de crooner, ses textes parlant des joies et des peines de l'amour, feront de lui la grande idole masculine des années 60.

En 1970, après le coup d'État qui voit le gouvernement de Lon Nol arriver au pouvoirSin Sisamouth dirige des orchestres ministériels sous la République khmère. Il participe également activement à la défense de la capitale dans cette période de guerre civile, comme de nombreux habitants de Phnom-Penh, parvenant même au grade de capitaine. Lors de l'entrée des Khmers rouges dans Phnom-Penh en 1975Sin Sisamouth est contraint à l'exode, comme l'ensemble des habitants de la capitale

Remarié à une danseuse du ballet royal, certains affirment l'avoir vu, dans le chaos, cherchant sa nouvelle compagne, alors enceinte. Artiste, proche de l'ancien gouvernement, possédant une éducation universitaire, Sin Sisamouth incarnait la société que souhaitait éradiquer Pol Pot. Mais on ne sait pas précisément quel a été son sort lors du génocide et les circonstances de sa mort restent inconnues. Son influence sur la musique cambodgienne a été si grande que sa notoriété reste intacte. Beaucoup de ses chansons sont toujours diffusées, dans leurs versions originales, ou dans des versions enregistrées par de jeunes artistes. 

Ngin Sokrowar, ex-batteur de l’orchestre Van Chanh dans les années 60, a entrepris de retranscrire l’ensemble des morceaux de Sin Sisamouth sur des portées. “J’en ai aujourd’hui plus de 300, dont une centaine que j’ai édités dans des recueils de partitions. (...) Ces chansons sont restées populaires pendant quarante ans et, si on les préserve, elles peuvent durer éternellement. La mélodie, les mots décrivent avec tellement de justesse la nature, la vie, l’amour et le Cambodge !”

“Quand j’ai entendu sa voix pour la première fois, je l’ai écoutée en boucle pendant des semaines" témoigne Eric Jay devant un portrait de Sin Sisamouth dans le hall de son hôtel, le Scandinavian, à Phnom Penh. "Ce n’était comparable à aucune autre forme de musique. Dans les années 1960, tous les artistes du monde essayaient de copier le rock américain, et Sin Sisamouth avait réussi à le surpasser. C’était très occidental et très khmer à la fois, génial sans être prétentieux.”

" Champa Battambang "
Sin Sisamuth

Ros Sereysothea


Ros Sereysothea est l'autre grande star de la musique cambodgienne des années 60. Elle connut une enfance difficile marquée par le divorce de ses parents. Sa mère devait élever seule ses cinq enfants et pour l'aider à nourrir sa famille, chaque jour, la jeune fille recherchait des escargots pour les vendre. En les vendant, elle chantait toujours des chansons populaires cambodgiennes et les villageois lui achetaient des escargots autant par compassion que pour entendre sa voix. Personne n'aurait pu imaginer que la petite vendeuse deviendrait une chanteuse si célèbre.

Tout commença par un concours organisé dans la province de Battambang pour découvrir de nouveaux talents. Les villageois l'encouragèrent à y participer et elle remporta le premier prix. Suite à ce concours, Ros Sereysothea commença à chanter dans un restaurant de Battambang où on la remarqua: on lui proposa de venir chanter à Phnom-Penh. Embauchée par la radio nationale, elle rencontra Sin Sisamouth avec qui elle enregistra de nombreux duos, sa voix aiguë et précise se joignant au timbre plus profond du crooner. Dans les années 60, sa célébrité était à son apogée et les meilleurs auteurs lui écrivaient des chansons.

Mais elle connut un mariage malheureux qui l'affecta beaucoup et la poussa à retourner à Battambang. Sin Sisamouth, qui était très proche d'elle, put la convaincre de revenir à Phnom-Penh où elle poursuivit sa carrière jusqu'à l'arrivée des khmers rouges en 1975. Selon plusieurs biographes, Ros Sereysothea aurait été alors forcée d’épouser un assistant de Pol Pot et d’interpréter des chants révolutionnaires destinés à être diffusés dans les camps de travail par haut-parleur. Comme la plupart des musiciens restés au Cambodge, elle a disparu pendant le régime des Khmers rouges sans que l'on connaisse les circonstances précises de sa mort.


" Khork Jet Sneah Srey "
Sin Sisamouth and Ros Sereysothea


Pan Ron


Chanteuse et auteur-compositeur, Pan Ron atteignit le sommet de sa popularité à la fin des années 1960 et au début des années 1970, juste avant le régime des Khmers Rouges. Après un premier succès en 1963 avec "Pka Kabass", sa carrière décolla vraiment en 1966 quand elle commença à enregistrer des duos avec Sin Sisamouth. Dans les années 1970, sa popularité grandit encore avec des succès populaires comme "Komlos Jreus Jap".

Pan Ron était une artiste polyvalente et inclassable dont le répertoire s'étendait de chansons traditionnelles au rock, du cha cha cha au mambo, du madison au jazz... Bien qu'elle apparaisse comme la deuxième star féminine de l'époque, on ne connaît que très peu de choses sur sa vie, en dehors des centaines de chansons qu'elle a laissées et qu'elle a elle même écrites pour la plupart. 


Comme Sin Sisamouth et Ros Sereysothea, on perd la trace de Pan Ron durant le génocide cambodgien, sans connaître précisément les circonstances de sa mort; sa petite soeur a expliqué qu'elle disparut au moment de l'invasion vietnamienne, quand le régime des Khmers rouges fût coupable de ses dernières tueries de masse, juste avant sa chute...


" Chnam oum 31 "
Pan Ron


Analyse de la musique pop/rock khmère des années 60


La musique pop rock khmère de cette période dégage une simplicité et une authenticité qui lui donnent une grande force émotionnelle, renforcée par la mélancolie qui émane du chant, contrastant avec la gaité de la musique. Du fait de ses liens avec la France, le Cambodge s'ouvre aux influences occidentales: les musiciens mêlent à leur musique traditionnelle des rythmes occidentaux, aux instruments traditionnels ceux du rock, guitares et orgue.... La proximité de Saigon permet de capter les radios américaines qui diffusent les musiques des "GI": le rock biensûr, mais aussi la soul music, le funk... Les enregistrements sont effectués à la chaine dans des studios rudimentaires donnant une patine inimitable aux chansons.

Hélène Suppya Bru-Nut, linguiste, analyse le niveau de langue des chansons khmères des années 60. "C’est une poésie nouvelle, plus libre.(...) Elle s’est libérée de la forme traditionnelle, mais ne s’est pas coupée de ses éléments d’inspiration, qui sont le terroir avec ses arbres, ses animaux.(...) On note l’usage d’images métaphoriques qui parfois déroutent plus d’un étran­ger: la belle est souvent comparée à la lune, au soleil mais aussi à la pierre, aux vagues, et aux oiseaux, bref, aux éléments traditionnels de l’imagi­naire khmer. Autre nouveauté dans les thèmes: la découverte de son pro­pre patrimoine géographique, avec des chansons portant sur les provinces et les villes comme Champa Battambang, Stœung Sangker, Champei Siem Reap."


Histoire d'une redécouverte


Après la chute des khmers rouges en 1979, la priorité absolue était la reconstruction pour le Cambodge meurtri. "Les chansons vantaient la renaissance populaire, la solidarité et l’amitié avec le Vietnam. Il a fallu attendre pour qu’on reparle d’amour” explique Mao Ayuth, secrétaire d’Etat à l’Information. C'est avec le retour de Norodom Sihanouk au début des années 1990 que certaines chansons de la période du régime républicain, à nouveau érigé en modèle positif, redeviennent à la mode. A partir des années 2000, les chansons, tombées dans le domaine public, font l'objet de multiples réinterprétations.

Sok Visal, alias Cream, fondateur du label de hip-hop KlapYaHandz, a ainsi remixé des tubes des années 60 sur des rythmes rap et house. Il fait partie des jeunes générations issues de familles réfugiées à l'étranger sous le régime de Pol Pot. Ces jeunes qui reviennent au Cambodge ont grandi aux Etats-Unis, en France et ramènent avec eux la culture urbaine: “J’ai été élevé à la musique hip-hop pleine de samples de vieilles chansons américaines, explique-t-il. En revenant au Cambodge, en 2001, je me suis mis à sampler des morceaux cambodgiens des années 1960-1970. Je trouvais qu’ils avaient un son similaire… et j’avais raison, puisqu’ils avaient été inspirés par la musique rock et soul anglo-américaine.”

Le groupe américain Dengue fever fondé en 2001 naît également de la redécouverte de la musique cambodgienne des années 60-70, qu'il mêle au rock psychédélique. En 2003, plusieurs tubes des années 1960 figurent sur la bande originale du film "City of ghosts" de Matt Dillon. Son assistant cameraman, John Pirozzi, se passionne pour cette musique. De retour aux Etats-Unis, il tourne un documentaire sur Dengue Fever (Sleepwalking Through the Mekong), puis un autre sur la musique cambodgienne des années 1960 (Don’t Think I’ve Forgotten). Le cinéaste Greg Cahill découvre Ros Sereysothea sur la BO de City of Ghosts et réalise en 2006 un moyen-métrage sur son histoire, The Golden Voice.


Tuk Tuk Sessions: Dengue fever
" Tiger Phone Card " est un hommage aux duos de Ros Sereysothea, Sin Sisamouth