Krama khmer blog: menu

Affichage des articles dont le libellé est Le krama. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le krama. Afficher tous les articles

Le krama, foulard traditionnel du Cambodge

Le krama est une écharpe à carreaux emblématique du Cambodge. Plus qu'un simple foulard, le krama est un héritage de la culture khmère. Porté et utilisé de mille façons, le krama est intimement lié à la vie quotidienne des Cambodgiens, dans laquelle ses fonctions sont multiples: écharpe, couvre-chef pour se protéger du soleil, ceinture, sarong, hamac, porte-bébé...

Il est porté indifféremment dans tous les milieux, par les hommes et les femmes, les enfants et les vieillards... Très répandus dans les campagnes, les kramas en coton sont fréquemment portés par les paysans dans les rizières, dans des couleurs souvent ternes ou sombres. Mais le krama est aussi très courant dans les villes. Il constitue une véritable identité vestimentaire, un symbole national.

krama-foulard-traditionnel-cambodge

Origines historiques 

  
Le krama est un héritage de la culture khmère. Historiquement, les kramas pouvaient mesurer jusqu'à cinq mètres de longueur. Leurs origines historiques remontent au moins à la période d'Angkor. Voilà ce qu'un ambassadeur chinois, Zhou Daguan, écrit à ce propos dans ses Mémoires sur les coutumes du Cambodge lors d'une visite d'Angkor au 13e siècle: "Tout homme ou toute femme porte autour de la taille une bande de tissu, sur laquelle une pièce plus grande est nouée quand ils quittent leur maison".

Fabrication et matières


Le krama est un produit phare de l'artisanat du Cambodge. Traditionnellement, le krama est tissé dans les villages par les femmes avec du coton ou de la soie. Au delà de ses fonctions pratiques et identitaires, le krama joue aussi un rôle économique important dans les campagnes, où les femmes tissent souvent des kramas pour avoir un revenu complémentaire après la saison du riz.

Historiquement, le coton et la soie du Cambodge étaient très réputés pour leur grande qualité. Mais la culture du coton s'est peu à peu réduite au début du 20e siècle avec l'arrivée des français, qui lui préféraient l'hévéa. Puis les longues années de conflit, de la guerre civile aux khmers rouges... ont pratiquement fait disparaître la sériculture comme la culture du coton. Cependant, la longue tradition du tissage au Cambodge ne s'est pas éteinte et renaît aujourd'hui grâce à de multiples projets et initiatives tels que Khmer artisanry ou l'Institut des textiles traditionnels khmers du japonais Kikuo Morimoto.

Les centres de production traditionnels sont situés dans les provinces de Kampong Cham pour les foulards en coton et de Takéo pour les foulards en soie, mais les kramas se trouvent partout au Cambodge, même sur le plus petit marché de province. Le krama en coton est d'usage courant alors que le krama en soie est surtout porté à l'occasion des fêtes religieuses; on choisit alors sa couleur en fonction de l’événement.

"Le krama est un tissu que les khmers, dans les campagnes, tissaient eux-même. Ma mère en fabriquait à l'époque, en 1958. J'ai vu comment elle faisait: D'abord, elle ramassait le coton de l'arbre. Ensuite, elle le transformait en fil. Elle trempait ces fils, pendant 2 à 3 jours dans du riz. Puis, elle teintait une partie en rouge. Pour la fabrication du "krâma" , elle tissait avec l'engin artisanal monté par mon père. Le krâma servait à tous et pour de nombreux usages quotidiens. Pour marquer leur statut, les riches khmers utilisaient des krâmas en soie et non en coton."
Témoignage de "Kaunklau" sur le forum de Khmer Network

tissage-cambodge
Tissage au Cambodge,
bobinage du fil

Motifs et couleurs


Les motifs originaux sont de simples petits carreaux ou damiers, formés par le croisement de bandes blanches et d'une autre couleur, typiquement rouge, bleu ou violet. A l’origine, chaque province possédait sa propre couleur de krama, permettant d'identifier la région d’où était originaire celui qui le porte. C'est encore le cas par exemple avec les kramas Thleah issus du village de Baseth. Aujourd’hui, il existe un très large choix de couleurs. Les fils de chaîne sont souvent terminés par des nœuds et de fines bandes d'une autre couleur relèvent parfois le motif.


krama-echarpe-coton-cambodge

Dimensions des kramas


S'il pouvait à l'origine prendre la forme d'une bande de tissus longue de plusieurs mètres, la dimension moyenne d'un krama est aujourd'hui d’environ 70 x 140 cm, pouvant aller pour les grands modèles en coton jusqu’à 190cm de longueur pour 80 de largeur. Les grands kramas en coton sont parfois portés en paréo et trouvent de par leur taille une multiplicité d'usages dans la vie quotidienne des cambodgiens. Les kramas en soie sont généralement plus étroits. La taille d’un krama est fonction de la largeur du métier à tisser utilisé.

Un krama, mille et une fonctions

Au cambodge, le krama est un véritable héritage culturel. Il joue ainsi de multiples rôles dans la vie quotidienne des khmers. Ces fonctions évoluent avec le contexte dans lequel est utilisé le krama, les saisons, les situations… Elles diffèrent également entre les kramas en soie, les kramas en coton de taille standard, et les kramas en coton de grande taille qui trouvent du fait de leurs dimensions de multiples usages: sarong, tablier, porte-bébé... Sans aborder ses inombrables utilisations improvisées face aux imprévus du quotidien, comme tracter une moto en panne par exemple, voici donc les principales utilisations du krama au Cambodge.

Habillement: plus qu'une écharpe


- Echarpe ou foulard: c’est l’utilisation la plus courante du krama, mais dans le domaine vestimentaire même, les manières de le porter sont nombreuses. Les kramas en soie jouent essentiellement ce rôle d'écharpe, ils sont davantage portés par les personnes aisées et lors d'occasions particulières, lors des cérémonies dans les pagodes par exemple.
- Couvre-chef: noué autour de la tête, le krama permet de maintenir les cheveux et de se protéger du soleil. On croise fréquemment des Cambodgiens portant le krama de cette manière, notamment dans les campagnes.

comment-porter-krama
Différentes façons de porter le krama
- Sarong: souvent, les paysans khmers le nouent à la taille de façon à faire une sorte de jupe ou "sarong". Les grands kramas en coton sont également portés en sarong par les hommes lorsqu'ils sont en famille chez eux.
- Short: noué autour des reins et ramené entre les jambes.
- Ceinture

« Lorsque je faisais partie de groupe "koma", durant la période khmer rouge, ma mère me donnait un krama. Je l’utilisais pour tout : me protéger du soleil, m’essuyer, me couvrir la nuit… Vers la fin du régime, je n’avais plus rien à mettre alors j’utilisais ce krama en lieu et place les vêtements… Il était mon compagnon le plus fidèle durant toutes ces années… »
Témoignage de NeakReach sur le forum de Khmer Network

Le krama au travail


- Au Cambodge, le krama sert parfois de tablier, notamment dans certains métiers très salissants.
- Les paysans khmers portent toujours un krama lors du travail agricole.

« Krama trempés de sueur des paysans, qui s’y essuient le front lors des rudes tâches des travaux des champs, labourages, hersages, récoltes. »
François Grünewald, Une écharpe à petits carreaux.

kramas-paysans-cambodgiens
Paysans khmers portant le krama
lors du repiquage du riz

Se protéger de la poussière, du soleil…


Porté sur la tête, les épaules ou le visage, le krama protège de la poussière, du soleil, du froid ou du vent.

« Krama-parasol, tendus entre les montants de milliers de charrettes, lors des grandes migrations saisonnières qui, lors des lunes favorables, au début de la saison sèche, drainent des villages entiers de Takeo, Kompong Chhnang, de Kompong Speu vers les pêches miraculeuses du Tonlé Sap. »
François Grünewald, Une écharpe à petits carreaux.

krama-tete-soleil-cambodge
Krama pour se protéger du soleil

Porte-bébé et baluchon


- Porte-bébé : les femmes utilisent de grands kramas en coton pour porter les bébés, les enfants… ou des charges lourdes. Le krama permet aussi d’improviser un siège de vélo supplémentaire pour bébé en l’attachant aux poignées.
- Baluchon pour emballer ses affaires, porter une bouteille d’eau à la taille ou sur les épaules.

« Krama-brancard, quand plusieurs de ces kramas, reliés les uns aux autres et attachés à une longue perche ou à un bambou, permettent de porter un blessé, un malade, une femme en couche. »
François Grünewald, Une écharpe à petits carreaux.

Le krama et les enfants


- Les enfants utilisent parfois le krama pour jouer: balle, colin maillard…  
- Le jeu du "Cha-ol Chong": les filles jouent contre les garçons. Le krama est roulé en boule en laissant dépasser une queue. Les garçons le lancent vers le camp des filles qui doivent le rattraper avant qu’il ne touche le sol. Celle qui l’a rattrapé doit à son tour le lancer en visant un garçon. S’il est touché, le garçon va du côté des filles et leur chante une chanson.
- Epuisette pour les enfants qui vont à la pêche.

« Krama-cartables d’écoliers, noués aux quatre coins et contenant quelques crayons, un cahier et parfois quelques livres. »
François Grünewald, Une écharpe à petits carreaux.

Dormir et se reposer


- Couvre-oreiller, couvre-lit
- Moustiquaire
- Hamac pour le krama de grande taille en coton

« Krama-douceur, quand ils sont transformés en hamac, pour que l’enfant ne sente pas l’humidité de la rizière pendant que sa mère, cassée en deux, repique. »
François Grünewald, Une écharpe à petits carreaux.

krama-hamac-cambodge
Krama tendu en hamac

Se baigner, se laver


- Le krama peut être porté comme maillot de bain par les hommes ou les femmes pour se baigner dans le lac ou la rivière.
- Il peut également servir de serviette pour s’essuyer après la baignade, il sèche très rapidement au soleil.
- Tenue de bain permettant protéger son intimité lorsque l’on se lave.

Merci aux membres du forum de Khmer Network pour leurs informations sur le sujet.

Le coton au Cambodge

Le coton constitue la fibre naturelle la plus produite dans le monde et représente près de la moitié de la consommation mondiale de fibres textiles. Il est issu de la fibre végétale qui entoure les graines du cotonnier, un arbuste qui pousse dans les régions tropicales et subtropicales arides. En culture, on limite sa taille à un ou deux mètres, pour faciliter le ramassage du coton
À la floraison, le cotonnier se couvre de grandes fleurs blanches ou jaunes, puis des capsules aux parois épaisses et rigides se développent. Lorsqu'elles s'ouvriront, elles laisseront s'échapper des graines et des bourres de coton recouvertes de fibres blanchâtres et soyeuses, qui seront ensuite transformées en fil.

champ-coton
Champ de coton

Transformation et tissage du coton


Après la récolte, la première opération est l'égrenage, consistant à séparer les fibres des graines et à les nettoyer. Puis vient la filature qui se décompose elle-même en plusieurs opérations: dans un premier temps, les fibres sont rassemblées en mèches; par torsion de la mèche, on obtient ensuite le fil de coton
L'étape suivante consiste à teindre les fils de coton. Dans certains cas, on utilise encore les techniques de teinture naturelle, comme nos kramas Baseth pour lesquels on utilise une plante nommée Thleah produisant une couleur rouge caractéristique. Après séchage, le coton teint est enroulé sur de grosses bobines, qui seront ensuite filées en rouleaux plus petits, adaptés aux métiers à tisser.

Le tissage est une tradition ancienne au Cambodge et reste l'un des principaux artisanats du pays, malgré la longue interruption du régime des Khmers rouges et des années de guerre durant laquelle cette tradition a failli s'éteindre. Le centre traditionnel de tissage du coton est situé dans la province de Kampong Cham, où l'on trouve encore souvent un métier à tisser traditionnel sous les maisons sur pilotis des villages. C'est que le tissage du coton joue un rôle important dans l'économie rurale au Cambodge: les femmes dans les campagnes tissent souvent des kramas pour augmenter leur revenu après la saison du riz.

         métier-tisser-cambodge        
Métier à tisser traditionnel (1931 - Source CAOM)

Le coton au Cambodge


Le coton était traditionnellement cultivé au Cambodge sur les berges du Mekong et les hautes terres. Sur les berges, le coton était ensemencé de septembre à octobre, peu après le retrait des eaux, fleurissant en février pour être cueilli entre mars et mai. En 1897, Doumer note que "le coton cambodgien jouit d'une grande réputation dans l'Extrême-Orient" et se vend facilement sur le marché asiatique, notamment au Japon. Cependant, les surfaces cultivées stagneront à l'époque de la colonisation française, la France maintenant de fortes taxes sur le coton cambodgien pour ne pas alimenter des industries étrangères concurrentes alors que l'Indochine constitue un important débouché pour les cotonnades fabriquées en métropole.

A partir de 1960, la culture du coton, fortement encouragée par l'Etat et les réformes économiques de Sihanouk, se développe sur les terres rouges de la province de Kompong Cham et les terres noires de la province de Battambang. Ces deux zones de production étaient chacune équipées d'une usine de transformation et d'une filature. A la fin des années soixante, la culture du coton occupait près de 6000 hectares pour une production annuelle approchant 6000 tonnes. Puis elle a été complètement abandonnée durant les longues années de guerre.

Avec le retour de la stabilité à la fin des années 1990, la culture du coton réapparaît progressivement. En 1996, l'usine de transformation du coton de Kompong Cham a pu rouvrir grâce à l'investissement d'une compagnie taïwanaise. Le manufacturier Manhattan Garment and Textile Corporation, qui exporte vers l'Europe et l'Amérique du nord, s'est lancé en 2004 dans la production cotonnière en finançant des cultures dans la province de Kompong Cham, avec pour objectif de parvenir à 10 000 ha et devenir ainsi autonome.

Pour les industries de la confection, qui représentent 80% des exportations du pays, l'utilisation de fibres locales est moins onéreuse que l'importation de matière première de Chine ou des Etats-Unis. Développer la culture du coton est donc un enjeu économique important pour le Cambodge.

A lire aussi sur les traditions textiles khmères notre article consacré au tissage de la soie au Cambodge.

Le tissage de la soie

Au Cambodge, le tissage constitue une tradition artisanale très répandue et historiquement très ancienne. On en relève déjà des traces à l'époque du grand Empire khmer, comme en attestent certains bas-reliefs des temples montrant des personnages vêtus de pièces de textile finement travaillées. Le centre traditionnel du tissage de la soie est la province de Takéo, où l'on trouve encore souvent de nos jours des métiers à tisser à l'abri des maisons sur pilotis dans les villages. L'île de Koh Dach sur le Mekong, communément appelée l'île de la soie, constitue un autre centre important à proximité de Phnom Penh.

Au Cambodge, la soie est un héritage culturel qui se transmet de génération en génération et elle est encore fabriquée à la main selon les méthodes traditionnelles, même si certains produits utilisés aujourd'hui sont différents d'autrefois. La renaissance de la soie cambodgienne, qui était internationalement réputée pour sa qualité avant les années de guerre et le génocide, est aujourd’hui un important enjeu économique: cette production à haute valeur ajoutée pourrait permettre de créer des emplois et d’augmenter les revenus dans le monde rural. Le japonais Kikuo Morimoto a ainsi crée en 1996 l’Institute for Khmer Traditional Textiles, avec pour objectifs de relancer la production locale de textiles traditionnels et de faire revivre la soierie traditionnelle khmère.

           tissage-village-cambodge          
 Métier à tisser traditionnel khmer

La soie et le bombyx du mûrier


La soie est une fibre textile d'origine animale, sécrètée par différents arthropodes, notamment les chenilles de certains papillons. Le ver à soie Tussah, originaire de la région du fleuve Amour au sud en Chine, est utilisé pour produire la soie sauvageLa soie de culture est quant à elle produite à partir du cocon de la chenille du bombyx du mûrier, une forme domestiquée du bombyx mandarina originaire du nord de la Chine. La chenille du bombyx, le ver à soie, sécrète une bave qui, en durcissant, se transforme en un fil unique de soie brute, d’une longueur de 300 à 1500 mètres, avec lequel elle fabrique son cocon.

soie-cocon-chenille
Cocon de la chenille du bombyx du murier

Origines historiques


Même si des découvertes récentes dans la vallée de l'Indus indiquent que la soie y était connue dès 2800 avant JC, ses origines historiques restent indissociables de la Chine. Les écrits de Confucius racontent qu'au 27e siècle avant JC, un cocon serait tombé dans la tasse de thé de l’impératrice Leizu. En tentant de l’en extraire, la jeune fille aurait commencé à dérouler un seul fil, très long et solide. Le cocon provenait d’une chenille de Bombyx mandarina et elle en fit ramasser les chenilles pour les élever. Des cocons obtenus, elle réussit à défaire les fils, puis à les tisser.

Jusqu’au cinquième siècle, le secret de fabrication de la soie resta confiné aux seules cours des dynasties royales, toute tentative de le divulguer étant passible de condamnation à mort. L’Empire de Chine conservera ainsi durant trois millénaires l’exclusivité de la fabrication de la soie, pour mieux en faire et en contrôler le commerce. Puis, la sériciculture se propagea, d’abord en Inde à partir du cinquième siècle, avant de gagner la plupart des pays d’Asie et le Cambodge.

route-soie-chine
Principales routes de la soie entre 500 av JC et 500 ap JC

La sériciculture


Le terme de sériciculture, au sens strict du terme, se limite aux techniques de production des cocons par une chenille. Dans un sens plus large, il inclut les opérations d’étouffage, de dévidage du cocon, et de filature de la soie. De même, la culture du mûrier fait partie intégrante de la sériciculture, le ver à soie se nourrissant de ses feuilles. L’espèce la plus utilisée, Morus alba, est originaire de Chine mais on compte plusieurs centaines de variétés adaptées aux différentes régions de production.

Au Cambodge, la culture de mûrier était très florissante sous l'Empire khmer, avant de décliner progressivement après sa chute. A partir de 1963, sous l'impulsion des réformes économiques menées par Sihanouk, elle se développe à nouveau mais disparaît ensuite avec les Khmers rouges et la longue période de guerre civile. Deux variétés de mûrier, le mûrier "bay" résistant à la sécheresse et le mûrier "bêk" résistant à l'inondation, étaient cultivées pour l'alimentation des vers à soie, l'une sur les terres des berges et l'autre sur les hautes terres au nord-est du pays

La préparation des cocons


La femelle du Bombyx pond de 300 à 500 œufs et meurt peu après. Ces oeufs mesurent quatre millimètres mais après cinq semaines passées à manger, les vers à soie atteindront dix centimètres. Les vers sont élevés sur des claies où sont réparties les feuilles de mûriers, leur seule nourriture. Ils sont nourris durant 36 jours environ.

Les chenilles grimpent ensuite sur des supports et commencent à filer le cocon à l’intérieur duquel elles se transformeront en chrysalides. Environ neuf jours après leur fabrication, les cocons sont enlevés de leur support. En temps normal, le papillon sort du cocon en rompant le fil, ce qu’on prévient par l’étouffage: la chrysalide est tuée et déshydratée par la chaleur dans des étuves de 70 à 80°C, sans abîmer le cocon.

La filature de la soie


Chaque cocon n'est fait que d'un seul fil, constitué par deux brins de fibroïne enveloppés de grès, une matière qui en séchant colle les deux brins en un fil, et les fils entre eux pour former le cocon. La solubilité du grès dans l'eau chaude permet de tirer le fil et de dévider le cocon. Pour en trouver l'extrémité, on plonge les cocons dans l’eau bouillante et on les remue constamment avec un petit balai qui accroche les premiers fils de dévidage. Un fil étant trop fin, on en réunit plusieurs qui se soudent entre eux en refroidissant lors du dévidage. Les fils sont d’abord enroulés sur des dévidoirs, la soie est alors dite soie grège, puis sur des écheveaux.

Le tissage de la soie


D'un point de vue technique, le tissage désigne un procédé de production textile où deux ensembles distincts de fils sont entrelacés à angle droit pour former un tissu. Les fils verticaux, dans le sens de la longueur, sont appelés fils de chaîne et les fils horizontaux, dans le sens de la largeur, fils de trame

Le fil de trame est enroulé sur une canette placée dans une navette qui permet de le faire passer entre les fils de chaîne en actionnant les différentes lames grâce aux pédales. Chaque lame correspond à une couche de fils, qui une fois levés, créent une ouverture permettant le passage de la navette. Le battant vient tasser le fil de trame entre chaque coup, le tissu ainsi formé s’enroulant progressivement sur l’ensouple. Avant le tissage à proprement parler, il est d’abord nécessaire de préparer le métier à tisser.

métier-tisser
Métier à tisser

La préparation du métier à tisser


Le bobinage
La première étape consiste à dérouler la soie des écheveaux sur des bobines.

L’ourdissage
Cette seconde opération, qui définira la largeur du tissu, consiste à dévider les bobines sur l'ensouple, où les fils de chaîne sont enroulés sous une même tension, de manière parallèle et selon un ordre précis.

L’empeignage
La troisième étape consiste à faire passer les fils de chaîne dans les dents du peigne, dont l’espacement déterminera la densité des fils de chaîne.

L’enfilage
Les fils de chaîne sont ensuite séparés par des lisses de coton disposées sur différentes lames, elles mêmes reliées aux pédales du métier à tisser. Cette dernière étape définit le type de tissage.

Krama Baseth ou Krama Thleah, un krama unique

Le krama Baseth ou krama Thleah est un krama unique au Cambodge produit dans le cadre d'un projet développé par Khmer artisanry. Khmer artisanry s'est donné pour mission de sauvegarder et revitaliser la tradition cambodgienne du tissage, notamment les techniques de teinture naturelle, tout en luttant contre la pauvreté dans le monde rural par le développement de l'artisanat, qui offre une source de revenus complémentaire dans les villages. La démarche de Khmer artisanry a été récompensée du "Good design award" 2014.

khmer-artisanry-good-design-award-2014

Il y a quelques années, certains membres de Khmer artisanry se sont rendus à Baseth, un village très pauvre de la province de Kampong Speu, curieux du caractère unique et de la grande taille de ses kramas (80X190cm). Les savoir-faire des tisserands qui y produisent le Krama Thleah sont exceptionnels, et Khmer artisanry s'est donc engagé dans un projet de sauvegarde de ce patrimoine culturel local.

krama-heritage
krama-khmer-artisanry-baseth
Le krama Baseth porté par Yeay Yuong et Aok Em, 
deux tisseuses du village de Baseth.

Traditionnellement, les villageois et les tisserands teignaient leur coton avec une plante nommée ‘Thleah’, qui produit une couleur rouge caractéristique et qui a donné son nom au Krama Thleah. Et puisque les villageois de Baseth sont les seuls à teindre leur coton ainsi, leur krama porte aussi le nom de Krama Baseth. Khmer artisanry a été crée pour transmettre leur héritage, qui a bien failli disparaître avec les années de guerre mais que Khmer artisanry entreprend aujoud'hui de faire revivre.

Khmer artisanry a apporté un krama Baseth dans différentes communautés de tissage à travers le Cambodge, demandant à chaque fois aux tisserands s'ils pouvaient produire la même écharpe. Aucun n'a réussi. Les kramas Baseth ne peuvent pas être reproduits ailleurs, ni par d'autres tisserands, ni à partir d'une autre plante.

krama-foulard-sarong-cambodge-xxl-baseth

Les teintures naturelles

Au Cambodge, les artisans teignaient traditionnellement leurs fils de soie et de coton à partir de colorants naturels. Malheureusement, cette précieuse tradition menace de s'éteindre dans certaines zones où les artisans ont aujourd'hui davantage tendance à utiliser les colorants chimiques pour teindre les textiles.

Notre partenaire Khmer artisanry tente de faire revivre et de sauvegarder cette tradition. Cet article présente les techniques spécifiques que ces artisans utilisent pour produire leurs couleurs à partir de matières naturelles, sans produits chimiques. Tous les éléments nécessaires à ces techniques de teinture naturelle sont disponibles dans le pays. La démarche de Khmer artisanry a été récompensée d'un "Good design award" en 2014.

khmer-artisanry-good-design-award-2014

Les teintures naturelles rouges


Les arbres utilisés pour produire une couleur rouge sont le "trang", une espèce locale de ficus, le "sangke" (Combretam quadrangulare Kurz),  le "kakoh"  (Sindora Siamensis Teijsmex), le "chankiri"  (Albizia Saman). Ces colorants naturels sont mis à bouillir puis les textiles sont trempés dans ces bains. Par exemple, la soie doit être "battue" dans un bain bouillant pendant dix minutes. Les teinturiers doivent battre la soie au moins huit fois pour permettre à chaque fil d'absorber la couleur. Pour obtenir une couleur précise, les teintures peuvent être additionnées par des bains successifs. Par exemple, pour le rouge, la couleur obtenue après le premier bain est un rouge clair, qui deviendra intense après un bain dans un colorant jaune.


Les teintures naturelles jaunes


L'arbre appelé "prahout" (Gareinia Vilersiana Pierre) est la principale matière première nécessaire pour produire le jaune. Cet arbre peut être trouvé dans les hautes terres du Cambodge. Son écorce est découpée en petits morceaux et laissée en décoction pendant une demi-heure. On laisse ensuite décanter le liquide jaune avant de le mélanger avec de l'alum en poudre.


teinture-naturelle-jaune-ecorce-prahout
Ecorce de prahout hachée

Bleu indigo


Pour la couleur bleue, on utilise traditionnellement le "trom" (Indigofera tinetoria), dont les feuilles sont pilées pour en extraire un liquide vert, ou trempées durant deux nuits. Mais la couleur obtenue ainsi s'estomperait trop rapidement. On lui ajoute donc de la pierre calcaire et du sucre de palme pour obtenir un liquide appelé "dhleah" qui peut alors être utilisé pour teindre la soie ou le coton. 

couleur-naturelle-indigo
Indigofera tinetoria


Les teintures naturelles noires


Pour la couleur noire, les arbres "toek Ampil" et "chatra" sont utilisés. Deux kilogrammes d'écorces de chaque arbre sont portés à ébullition pendant deux heures. On ne conserve que le liquide obtenu qui doit d'abord refroidir.