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Histoire du Cambodge: sommaire


La préhistoire du Cambodge demeure méconnue. Le pays semble avoir été occupé à l'origine par des peuplades australoïdes puis, durant le néolithique, par des peuples indonésiens et enfin par les tribus mōn. Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, les Chinois appelaient le principal royaume avec lequel ils commerçaient en Asie du sud-est "Funan". Au 6e siècle; les rapports chinois commencent à mentionner le royaume Tchen La, qui supplantera le Funan au terme d'une longue guerre, avant de décliner à son tour.



Le site archéologique d'Angkor englobe les vestiges des différentes capitales de l'Empire khmer. Ses temples permettent de retracer l'histoire d'un des plus grands empires d'Asie du sud-est, fondé par le roi Jayavarman II au 9ème siècle. Il atteindra son apogée au 12e siècle sous le règne de Jayavarman VII, couvrant alors la plus grande partie de la péninsule d’Indochine.



Norodom Sihanouk est la principale figure politique cambodgienne de la seconde moitié du 20e siècle. Né en 1922, il est le descendant des deux familles qui se disputent le trône sous le protectorat français, les Norodom par son père et les Sisowath par sa mère. Nommé roi en 1941, il fera accéder son pays à l’indépendance.



Débuté en 1219, le règne d'Indravarman II marque le début du déclin de l'empire khmer. En 1283, Jayavarman VIII, menacé par les armées mongoles, accepte de payer un tribut annuel pour éviter la guerre. Après 1327, date de la dernière inscription de cette période, plus aucune construction monumentale n'a été entreprise. Dans la seconde moitié du 13e siècle, l'Empire khmer, divisé, souffrant de mauvaises récoltes, est affaibli, ce dont profite le Siam pour l'attaquer. En 1431, Angkor est abandonnée par les rois khmers. 

Le Cambodge avant Angkor

Au 9e siècle, le jeune prince Jayavarman II devint roi des Khmers et fonda ce qui allait devenir l’un des plus puissants empires d'Asie du Sud-Est. Avant cela, l'histoire du Cambodge avait été celle de petits états indépendants, devenant parfois de plus grands empires, mais jamais durant de longues périodes. La préhistoire du Cambodge demeure quant à elle méconnue. Le pays semble avoir été occupé à l'origine par des peuplades de type australoïde puis, durant le néolithique, par des peuples de type indonésien, venus du nord, et enfin par les tribus mōn.

Les ethnies mōn qui occupaient la plaine du Mékong inférieur subirent ensuite, dès le 1er siècle, l'influence de la culture indienne. Avec le développement du commerce, marins, marchands, nobles et brahmanes venus d'Inde apportèrent à une société mōn déjà structurée, des techniques et une langue dotée d'une écriture, le sanskrit. L'inde s'assura une importante influence politique et économique dans le royaume mōn, comme dans toute la région. Les rois mōn adoptèrent la conception hindouiste du dieu-roi, leur palais symbolisant la montagne cosmique, le Mérou. Ainsi, les croyances religieuses des Khmers. l'iconographie, l'art et l'architecture, s'enracinent dans la culture indienne.

Le néolithique


Les outils de pierre les plus anciens trouvés au Cambodge remontent au néolithique récent, vers -2500, quand les Austronésiens, venant du sud de la Chine, repoussent les populations australoïdes vers les îles. L'agriculture commence avec la technique des brûlis avant d'évoluer vers les champs irrigués, tandis que la domestication des buffles et des boeufs se développe progressivement.

La région d'Angkor, berceau de l'empire khmer, est habitée depuis l'époque néolithique, comme en attestent les outils en pierre et les céramiques qu'on y a trouvés, ainsi que l'identification de sites d'habitation circulaires. Cette occupation humaine très ancienne peut s'expliquer par la situation géographique privilégiée de cette région bordant le lac du Tonle Sap, qui lui apporte eau, poissons et terres fertiles.

Le Founan (1er-6e siècles)


Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, les rapports des Chinois, qui commençaient à faire du commerce en Asie du Sud-Est, décrivent de petites villes-états, entourées de douves, fortifiées, souvent en conflit les unes avec les autres. Les Chinois appelaient le principal royaume avec lequel ils commerçaient "Funan". Ce royaume était stratégiquement essentiel car il contrôlait les routes maritimes autour du delta du Mékong et du golfe de Thaïlande. Etape sur la route maritime reliant l'Inde à la Chine, le Funan s'enrichit grâce à l'essor du commerce international. 

Au troisième siècle, ce royaume puissant soumet les bassins du Ménam et de l'Irrawaddy, ainsi que le nord de la péninsule malaise, avant de s'affaiblir progressivement. Economiquement d'abord: le commerce maritime entre l'Inde et la Chine évolue avec les progrès techniques de navires désormais capables d'étapes beaucoup plus longues ignorant le Funan. Politiquement ensuite: le pouvoir est aussi affaibli par des dissensions au sein de la famille royale et des révoltes. Vyadhapura, une des capitales successives du Funan, se situe à Angkor Borei, non loin du Phnom Da, célèbre pour ses grottes, sa tour en laterite et l'Asram Maha Rosei, édifice executé en pierre. 


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Harihara, Phnom Da, 7e siècle, grès.

Chenla


Dans le même temps, le Tchen La, un état vassal peuplé par les Kambuja qui s'étend sur le plateau de Korat au nord est de l'actuelle Thaïlande, ne cesse au contraire de gagner en puissance. Les annales chinoises commencent à mentionner ce royaume au VIe siècle, notamment le roi Bhavavarman Ier, qui étendit son pouvoir jusqu'à l'actuelle Battambang.

Une guerre avec le Funan éclate vers 550. Elle sera longue et ne se terminera que vers 630. Durant cette période, Bhavavarman Ier, puis son frère qui lui succéda sous le nom de Mahendravarman et enfin le fils de ce dernier, Içânavarman Ier, qui monta à son tour sur le trône en 615 environ, conquirent progressivement la partie khmère du Funan, tandis que d'autres peuples s'emparaient du reste de cet empire. Içânavarman Ier fit ériger le temple de Sambor Prei Kuk, caractéristique du premier style d'architecture pré-angkorienne. 

Puis le Tchen La décline à son tour. En 628, Bhavavarman II, fils d’Içânavarman, monte sur le trône. Sous son règne, l'empire se morcela à nouveau en de petits États; ce n'est qu'en 654 que Jayavarman Ier, un arrière-petit-fils d'Içânavarman Ier, prince d'un de ces États, parvint à réunifier l'empire. Mais à sa mort, l'empire éclata définitivement. Il se divisa d'abord en deux parties au huitième siècle, le "Tchen-La de terre", situé sur le moyen Mékong, et le "Tchen-La d'eau" correspondant à peu près au Cambodge actuel, avant de se fragmenter en cinq parties. Cette faiblesse attire la convoitise des rois javanais qui envahissent ces territoires.

Le site d'Angkor: une histoire de l'Empire khmer

Classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1992, le site d'Angkor englobe les vestiges des différentes capitales de l'Empire khmer et constitue un des sites archéologiques majeurs d'Asie. L'histoire du Cambodge est intimement liée à celle de son ancienne capitale, dont les temples permettent de retracer une histoire de l'Empire khmer, de sa naissance jusqu'à sa chute.

Le règne de Jayavarman II au 9ème siècle marque la naissance de cet empire qui atteindra son apogée au 12ème siècle sous le règne de Jayavarman VII: il s'étend alors sur la plus grande partie de la péninsule d’Indochine, englobant la majeure partie du Laos, le sud du Vietnam et de la Thaïlande. L'art et l'architecture khmers qui se développèrent à Angkor eurent ainsi une grande influence sur une large partie de l'Asie du sud-est, évoluant rapidement de leurs origines indiennes vers des formes originales.

Fondation de l'Empire khmer: Hariharalaya, la première capitale


Au début du 9ème siècle, Jayavarman II unifia les différents états khmers en un seul empire souverain appelé Kambuja, fondant ainsi l'Empire Khmer qui dominera l'Asie du Sud-est durant plus de quatre siècles. Ce sont les conquêtes militaires de Jayavarman II, de Vyâdhapura au sud-est du Cambodge jusqu'à Vat Phu au nord, qui établirent son pouvoir. À la fin du 8ème siècle, à la tête d'un vaste territoire, Jayavarman II établit une première fois pour quelques années la capitale de son empire à Hariharalaya, située à 15 km à l'est de Siem Reap sur le site de Roluos. Le nom "Hariharalaya" provient du nom de Harihara, divinité hindoue majeure dans la période pré-angkorienne, "Hari" désignant le dieu hindou Vishnu et "Hara" le dieu Shiva.

Essayant de poursuivre ses conquêtes plus loin vers le nord-ouest, Jayavarman II semble avoir subi un échec qui le força à déplacer sa capitale sur le plateau du phnom Kulen, à quelque cinquante kilomètres au nord-est d'Angkor. C’est là qu’en 802 il se proclama "empereur du monde", avant de finalement revenir à Hariharalaya, reconnue ainsi comme la première capitale de l'Empire khmer, où il mourut vers 855. Ses successeurs, Jayavarman III, son fils, puis Indravarman Ier, consolideront la puissance politique, économique et religieuse de l'Empire et feront édifier à Hariharalaya trois temples formant le groupe de Roluos: le Preah Ko, le Bakong et le Lolei.

Le Bakong, temple d'état d'Indravarman Ier, prend la forme d'une pyramide à cinq degrés de base carrée et devient le prototype du temple-montagne, caractéristique de la civilisation khmère et de son héritage indien. Pour les Khmers, le temple-montagne symbolisait le mont Meru, représentant dans la mythologie hindoue le centre de l'univers, une montagne sacrée sur laquelle demeurent les dieux. Ce concept sera déterminant dans les évolutions futures de l'architecture khmère.

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Plan du Bakong, prototype du temple-montagne

Cette première capitale comprenait certaines caractéristiques de la forme classique des capitales khmères. Elle était protégée par une muraille doublée d'un fossé; en son centre se trouvaient le temple d'état et le palais royal. Les grands dignitaires de l'Empire y firent également ériger des temples dédiés aux divinités hindoues, notamment Shiva, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'enceinte. Le grand réservoir, un lac artificiel creusé sous Indravarman, est également une caractéristique des capitales khmères.

L'agriculture ne parvenant plus à  nourrir une population grandissante, Indravarman Ier mit ainsi en place un système hydraulique marquant le début d’un empire autosuffisant et abondant. Il crée un immense lac artificiel (baray en khmer), l’Indratataka, rouage essentiel d'un immense et complexe système d'irrigation. A la mort d'Indravarman I en 889, son fils Yasovarman Ier lui succède et fait édifier en la mémoire de son père le temple du Lolei sur une île au centre de l'Indratataka. Mais Hariharalaya atteignait les limites de son développement, toutes les terres étant cultivées.

Yasodharapura:la première cité d’Angkor


Ambitieux, Yasovarman Ier décide d'abandonner Hariharalaya pour créer une nouvelle capitale qui lui soit propre et devienne le centre religieux du pays. Le jeune roi fonde ainsi la cité de Yasodharapura, au nord-ouest d'Hariharalaya sur le site d'Angkor Thom. Elle prendra plus tard le nom d'Angkor, du Sanskrit "nagara", qui signifie capitale. S'il choisit le site d'Angkor, c'est que la terre y est fertile, et qu'il possède un phnom, une colline surplombant la plaine d’une soixantaine de mètres, où il pourra établir une temple, la demeure des dieux sur terre. Il y fait ériger un nouveau temple royal, le Phnom Bakheng, dont la construction commença probablement à la fin du 9ème siècle, après l'avènement de Yaśovarman Ier en 889.

Une douve extérieure est creusée au pied de la colline arasée. On accède au site par quatre "gopuras", constructions par lesquelles on pénètre dans les enceintes successives d'un temple hindouiste, d'où partent quatre escaliers monumentaux orientés selon les points cardinaux. Caractéristique des temples-montagne khmers, son architecture prend la forme d'une pyramide à cinq étages ponctuée de 109 tours, dont les cinq plus grandes représentent le mont Meru et les quatre sommets environnants. Seuls les rois et les grands prêtres avaient le droit de prier au sommet du Phnom Bakheng.

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 Plan du Phnom Bakeng par Maurice Galize de l'EFEO
et photographie du temple avant sa restauration par l'EFEO
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Le temple est alors le centre d'une ville entourée d'une digue protectrice, un talus en terre formant un carré de quatre kilomètres de côté, dont il reste des traces au sud et à l'est. Juste des levées de terre, pas de fortifications, car la nouvelle capitale est protégée par la présence des dieux, qui la rendent invulnérable et prospère. À proximité, Yasovarman Ier fait creuser le bārāy oriental, "Yaśodharatatāka", un immense réservoir d’eau de 7,5 km sur 1,8 km dépassant largement le lac artificiel de son père, qui permettra de maîtriser l'irrigation nécessaire à l'approvisionnement de la ville et de multiplier par six les surfaces cultivables. A ces fins, on détourne le cours du Siem-Reap pour qu'il vienne alimenter les canaux d'irrigation.

Yasovarman Ier meurt en 910. Deux de ses fils, Harshavarman Ier d'abord puis Içânavarman II, continuent à régner à Angkor, mais le royaume souffre de troubles politiques: un de leurs oncles, Jayavarman IV, se proclame roi à Koh Ker, à quelque 100 km au nord-est, d'où il contrôlera bientôt l’ensemble du royaume. En effet, à la mort d'Içânavarman II, vers 928, il accède au trône et décide de faire de Koh Ker la capitale de l’empire. Les circonstances de cet épisode restent floues, Jayavarman IV, roi de Koh Ker, devait probablement allégeance aux rois d'Angkor et l'on ne sait pas comment il s'empara du trône. Cependant, la construction à Koh Ker vers 920 du temple de Prasat Thom, témoigne de sa richesse et de sa puissance.


A son accession au trône en 944, Rajendravarman II, neveu de Yasovarman Ier, restaure l'unité de l'Empire khmer et revient à Angkor. Sous son règne, les victoires militaires sur les Chams permettent aux Khmers d'étendre leur empire en occupant le champa, l'actuel centre du Vietnam. La capitale s'organise alors autour du nouveau temple d'état du Pre Rup que Rajendravarman II fait édifier, et non plus autour de Phnom Bakheng. Il prend la forme d'une pyramide à degrés que l'on gravit par des escaliers gardés de lions et au sommet de laquelle se dressent cinq tours.
C’est aussi sous ce règne que certains dignitaires accroissent leur influence et font ériger de multiples monuments exceptionnels. Le Banteay Srei, littéralement "la citadelle des femmes", sera ainsi fondé en 967 par le brahmane Yajnavaraha, petit fils d'Hashavarman Ier, prêtre, médecin, astronome et musicien à la cour de Rajendravarman II, maître spirituel du futur Jayavarman V. Ce temple plat, ceinturé de douves, a été construit en grès rose et en latérite sur le site de l'ancienne ville d'Iśvarapura à une vingtaine de kilomètres au nord-est d'Angkor. La finesse exceptionnelle de ses ornementations fait de ce petit temple un joyau de l'art khmer.


Jayendranagari et le Ta Keo


En 968, lorsque Rajendravarman II meurt, son fils Jayavarman V  lui succède. Encore enfant sans doute, son éducation est confiée au brahmane Yajnavaraha, haut dignitaire du règne précédent qui devient le gourou du jeune roi. Après avoir affirmé militairement son pouvoir sur d’autres princes, son règne sera une période de paix et de prospérité. 

Il établit une nouvelle capitale, Jayendranagari, près de Yaśodharapura et s’entoure de philosophes, de lettrés et d’artistes, impulsant un essor culturel sans précédent. Il fait ériger son propre temple d'État, le Ta Keo, un temple-montagne classique avec cinq tours élevées sur une pyramide à cinq niveaux, sans pouvoir en terminer la construction, définitivement stoppée après l'accession au trône de Sūryavarman Ier, d'où l'aspect brut de ce temple qui ne porte pas de bas-reliefs sculptés.

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Vue d'un escalier et d'une gopura au Ta Keo
Albums photo des temples d'Angkor

La mort de Jayavarman V ouvre une nouvelle phase de troubles, où plusieurs souverains feront de courts règnes avant d’être supplantés par d'autres. Cette période semble prendre fin avec l’arrivée au pouvoir, vers 1010, de Suryavarman Ier. Malgré plusieurs tentatives de coups d’état, il réussit à étendre son royaume par une politique de conquêtes militaires. Il ordonna la construction des fortifications qui entourent son palais royal et son temple d'état, le Phimeanakas, ainsi que la construction du grand Baray occidental, dont les travaux furent achevés par son successeur, Udayadityavarman II. Ce dernier fera également édifier le Baphuon, son temple d'état dédié à Shiva.

Angkor Vat, plus grand temple khmer


Les souverains suivants laissèrent peu de grands monuments, mais avec l'arrivée au pouvoir de Suryavarman II, en 1113, débute une nouvelle grande période de construction marquant l'apogée de l'Empire khmer. Suryavarman II entreprend alors d'édifier le plus grand de tous les temples khmers, Angkor Vat, temple d'état et reflet d'un règne de quarante années qui marqua le sommet de la puissance khmère et la période de la plus grande expansion de l'empire. Angkor Vat est devenu le symbole national du Cambodge, dont il figure sur le drapeau.

Angkor Vat fut l'un des temples les mieux préservés car il ne fut jamais complètement abandonné, restant un important centre religieux, initialement hindou puis bouddhiste. Ses douves le protégèrent également du développement de la jungle sur le site. Il sera popularisé en Occident au 19ème siècle par la publication des notes de voyage du naturaliste français Henri Mouhot: « Qui nous dira le nom de ce Michel-Ange de l'Orient qui a conçu une pareille œuvre, en a coordonné toutes les parties avec l'art le plus admirable, en a surveillé l'exécution de la base au faîte, harmonisant l'infini et la variété des détails avec la grandeur de l'ensemble et qui, non content encore, a semblé partout chercher des difficultés pour avoir la gloire de les surmonter et de confondre l'entendement des générations à venir ! »

Le temple d'Angkor Vat, principalement construit en grès et en latérite, incarne l'archétype du style classique de l'architecture khmère, dont il combine deux caractéristiques essentielles, à la fois temple-montagne et temple à galeries. Contrairement à la plupart des temples d'Angkor, il est orienté vers l'ouest, probablement parce qu'il est dédié à Vishnou. À l'intérieur d'une douve et d'un mur externe de 3,6 km de longueur se trouvent trois galeries rectangulaires, chacune construite l'une à l'intérieur de l'autre. A l'ouest du site, une chaussée pavée longue de 200 mètres permet de traverser les douves et mène à une large terrasse précédant le magnifique gopura qui marque l'entrée principale de l'édifice central.

La première galerie est ouverte vers l'extérieur et fermée par un mur aveugle vers l'intérieur. Une chaussée ornée de nagas et longue de 350 mètres mène à la seconde enceinte, ornée d'un bas-relief narratif sur toute sa longueur. La troisième galerie occupe un espace de 150 mètres sur 200 mètres, divisé en trois niveaux de dimensions décroissantes, reliés par des escaliers. Chaque niveau est constitué d'une terrasse entourée d'une galerie. Le plus élevé est le sanctuaire, une plate-forme pavée de forme carrée subdivisée en quatre cours, que l'on atteint par des escaliers très raides symbolisant la difficulté d'atteindre le royaume des dieux. Il est surmonté en son centre d'une grande tour de forme pyramidale, abritant le sanctuaire central, initialement dédié à Vishnou, mais aujourd'hui dédié à Bouddha.

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Le temple d'Angkor Vat
Albums photo des temples d'Angkor

La mort de Suryavarman II, survenue vers 1150, fut suivie par une période de troubles intérieurs et de pressions extérieures qui aboutirent en 1177 à la prise d'Angkor par les Chams. Ils l'occuperont quatre ans, pillant le trésor royal, mutilant les statues des divinités ou les emportant comme butin.


Jayavarman VII, le roi constructeur


C'est Jayavarman VII qui chassa les Chams et restaura la puissance de l'Empire khmer, reconstruisant une nouvelle capitale et initiant une politique de construction de grande ampleur. Le règne de ce roi fait ainsi l'objet d'un article spécifique consacré à ses principales réalisations, les temples du Bayon et du Ta prohm ainsi que les terrasses des éléphants et du roi lépreux.

Le déclin et la chute de l'Empire khmer

En 1219, à la mort de Jayavarman VII, son fils Indravarman II lui succède. Son règne sera moins glorieux et marquera le début du déclin de l'empire khmer. Dès 1220, il doit ainsi restituer la majorité des territoires précédemment conquis au royaume Champa, tandis qu'à l’ouest les thaïs se rebellent et fondent le royaume de Sukhothaï dont ils chassent les Khmers. Son règne prend fin en 1243 et Jayavarman VIII monte sur le trône. 

Adepte de Shiva, Jayavarman VIII impose un retour à l’ancienne religion de l’empire, convertissant de nombreux temples bouddhistes en sanctuaires hindouistes. En 1283menacé par les armées mongoles, il accepte le paiement d’un tribut annuel pour éviter la guerre. Son gendre Indravarman III lui succède en 1295, mais il existe peu de données sur la période de son règne.

Inondations, sécheresse et peste noire 


La dernière inscription connue de cette période date de 1327. Plus aucune construction monumentale n'a été entreprise par la suite, tandis que les récoltes semblent avoir été perturbées par des déréglements climatiques. Des études scientifiques montrent que la région a d'abord connu une période de  sécheresse, impactant l'agriculture, suivie d'une période marquée par des précipitations anormalement élevées et des inondations catastrophiques, dont les conséquences seront encore plus importantes, endommageant gravement les infrastructures hydrauliques. Ces événements climatiques sont une des principales cause du déclin de l’empire, dont la prospérité et la puissance reposaient sur la maîtrise de l'irrigation, permettant des récoltes abondantes

La peste noire est une autre cause probable de ce déclin. L’épidémie, apparue en Chine dans les années 1330, touche l’ensemble des voies de communications, dont les ports d'Asie du sud-est, avant d'atteindre l’Europe vers 1345, où elle décimera entre 30 et 50% de la population en quelques années. Si les chercheurs ne disposent pas de données chiffrées sur la mortalité des populations khmères durant cette période, les ravages de l'épidémie en Europe donnent une idée de son impact possible dans le déclin de l'empire. 

Une hypothèse plus récente attribue la chute de l’empire khmer à un désastre écologique causé par la déforestation du Phnom Kulen, entreprise pour cultiver la terre et nourrir une population en augmentation constanteLa déforestation entraîna l’érosion des sols, emportés par les eaux de pluie, obstruant les canaux et mettant à mal le système hydraulique essentiel à la prospérité de l'empire. La mauvaise irrigation entraîna à son tour un manque d'eau, entrecoupé d’inondations que les digues en mauvais état ne parvenaient plus à contenir.

L'abandon d'Angkor: un déplacement périlleux


Dans la seconde moitié du 13e siècle, l'Empire khmer, souffrant de mauvaises récoltes et de divisions internes, est affaibli. À l’ouest, le Royaume d'Ayutthaya, après avoir conquis celui de Sukhothaï en 1350, profite de ces faiblesses pour attaquer l’empire khmer, soumettant Angkor et mettant le pays sous tutelle avant de retirer son armée. Ensuite, princes siamois et khmers se disputent le trône du royaume et s'y succèdent à la faveur des guerres. En 1431, Angkor est abandonnée par les rois khmers qui s'installent plus au sud, dans un premier temps à Lovek, puis à Oudong, à une quarantaine de kilomètres au nord de l’actuelle Phnom Penh. 

Ce déplacement est probablement lié à la conquête siamoise de l’isthme de Kra, au nord de la péninsule Malaise, qui était alors une importante zone de commerce entre l’Inde et la Chine, où l'Empire khmer pouvait également vendre ses produits. La perte de cette zone stratégique a sûrement poussé les rois khmers à se rapprocher des bassins du Mekong et du Bassac, plus éloignés des envahisseurs siamois et bénéficiant du passage des navires commerciaux. Mais ce déplacement n'était pas sans dangers. Si l'eau et l'irrigation étaient parfaitement maîtrisées à Angkor près du lac Tonle Sap, l’est du royaume était à l'inverse soumis aux caprices du Mekong, faisant subir aux récoltes inondations ou sécheresses.


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Vue de Lovek en 1667

Une embellie avant la chute finale


Au milieu du 16e siècle, si la capitale politique et administrative de l'Empire demeurent à Lovek, le roi Ang Chan fait revivre les fastes de la royauté à Angkor, comme le relate le chroniqueur portugais Diego de Couto en 1550: 
"Comme le roi du Cambodge allait à la chasse aux éléphants dans des forêts les plus épaisses qui existent dans tout ce royaume, ses gens en battant la brousse donnèrent sur des constructions imposantes envahies à l'intérieur par une brousse exubérante (...) Après que le tout eut été soigneusement nettoyé, le roi pénétra à l'intérieur et fut frappé d'admiration. Il décida sur le champ d'y transporter sa cour."

Son fils, le roi Barom Reachea Ier, profitera des difficultés siamoises et de la mise à sac d'Ayutthaya par les birmans en 1569 pour ramener la capitale à Angkor, mais l'embellie sera de courte durée. Le danger birman écarté, le Siam envahit l’ouest de l’empire khmer, dont la chute définitive survient avec la prise et la destruction de Lovek en 1594. La population est déportée tandis que les trésors de la ville, censés avoir été offerts par les dieux afin de protéger le royaume, sont pillés.

Norodom Sihanouk et l'indépendance

Norodom Sihanouk est la grande figure politique du Cambodge de la seconde moitié du 20e siècle. Nommé à dix-huit ans roi d’un pays encore sous protectorat français, il le fera accéder à l’indépendance. Né en 1922 à Phnom-Penh, Sihanouk est le descendant des deux branches rivales qui se disputent l’accès au trône sous le protectorat français, les Norodom, par son père, et les Sisowath, par sa mère. 

Après avoir fréquenté les écoles françaises de Phnom Penh, il intègre le lycée Chasseloup-Laubat de Saigon pour y préparer un baccalauréat de philosophie. Mais il devra rentrer précipitemment au Cambodge dès 1941, lorsqu’à la mort de son grand-père le roi Sisowath Monivong, il est appelé à lui succéder. Plus tard, il écrira dans ses mémoires avoir été choisi par l'administration française en lieu et place de Sisowath Monireth, son oncle et fils de Sisowath Monivongdans l'espoir que Sihanouk soit plus facile à manœuvrer. 

L'indépendance de 1945


En mars 1945, le Japon, dont la situation est critique dans la guerre du Pacifique, souhaite éviter une incursion alliée sur le territoire de l'Indochine française et s'empare de la totalité du territoire. Les civils, fonctionnaires et militaires français survivants sont internés. Le 18 mars, pressé par les Japonais, Norodom Sihanouk proclame l'indépendance du Cambodge et crée un poste de premier ministre qu'il occupe lui-même. Son Ngoc Thanhdirigeant nationaliste exilé à Tokyo ramené au Cambodge par les Japonais, devient ministre des affaires étrangères et joue bientôt les premiers rôles au sein du gouvernementDans la nuit du 8 au 9 août, quelques heures avant le bombardement atomique de Nagasaki, Son Ngoc Thanh s'auto-proclame premier ministre avec le soutien des militaires japonais

Après la capitulation du Japon, Son Ngoc Thanh tente de maintenir son pouvoir en s'appuyant sur les différents groupes rebelles khmers issarak, mais Norodom Sihanouk dépêche Monireth auprès des Français pour leur faire savoir que son royaume souhaite mettre fin à l'indépendance et demeurer auprès de la France. Le général Leclerc, chef du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, se rend lui-même à Phnom Penh pour neutraliser Son Ngoc Thanh, arrêté le 15 octobre. Le protectorat est rétabli, mais les Français se trouvent néanmoins confrontés à des revendications nouvelles: Sisowath Monireth, nouveau chef de gouvernement, réclame plus d'autonomie pour son pays.


L'après-guerre: premiers pas vers l'indépendance


Si la situation du Cambodge à la fin de la Seconde Guerre mondiale est loin d'être aussi tendue qu'au Viêtnam, la France a compris la nécessité de faire évoluer le statut du pays, autorisant la création de partis politiques, et d'une assemblée consultativeEn 1946, le parti démocrate, proche des milieux indépendantistes, remporte les élections, malgré les manœuvres d’intimidation de la France. Sisowath Youtevong, dirigeant du parti, devient le nouveau chef du gouvernement. Mais son décès prématuré en 1947 précipite le parti dans la crise et les divisions, entraînant une instabilité ministérielle, dont Sihanouk profite en 1949 pour dissoudre l'assemblée, sans organiser de nouvelles élections, prétextant l'insécurité régnant dans certaines régions.

Parallèlement, Sihanouk négocie avec la France ce qu'il appellera une "indépendance à 50%" en signant en novembre un traité substituant au protectorat une autonomie du Cambodge au sein de l'Union française. La France garde le contrôle de l’économie et de la défense mais fait des concessions en matière de relations extérieures: le Cambodge peut recevoir des délégations diplomatiques, préalablement accréditées par l'administration coloniale, et envoyer des représentants à l’étranger. D'autre part, le Cambodge peut rejoindre certaines organisations internationales comme l’OMS ou l’UNESCO même si un veto russe l'empêche encore d'entrer à l'ONU.

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Norodom Sihanouk en 1949 à Angkor

Disparition de l'opposition politique


En 1951, les démocrates remportent à nouveau les élections. Sihanouk obtient alors de la France la libération du nationaliste Son Ngoc Thanh et son retour au Cambodge, espèrant ainsi diviser le parti. 
Son Ngoc Thanh est accueilli à Phnom Penh par une foule enthousiaste. Mais, dès 1952, il rejoint les maquis de la forêt de Siem Reap, revendiquant une indépendance immédiate.

Les démocrates décident de ne pas envoyer 
de forces miltaires à Siem Reap contre Son Ngoc Thanh, ce qui détériore encore leurs relations avec le roi. La tension atteint son pic lorsqu'à Battambang, la police tire sur la foule lors de manifestations pour l'indépendance qui dégénèrent en émeutes. En juin, dans son discours d’ouverture de la session parlementaire, où le parti démocrate est largement majoritaire, Sihanouk met en garde contre les risques de dérive résultant d’un parti unique, tandis que les démocrates font arrêter des dirigeants de partis d'opposition.


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Portrait de Sihanouk en 1956

Le 14 juin, la France envoie à Phnom Penh un bataillon d’infanterie et un escadron armé, officiellement afin de prévenir des troubles. Mais le lendemain, les troupes coloniales encerclent l’assemblée et contrôlent les principales rues de Phnom Penh. Dans le même temps, Sihanouk utilise une des prérogatives que lui offre la constitution pour dissoudre le gouvernement et prendre la tête d’un nouveau cabinet, promettant d’éradiquer la corruption et d’obtenir l’indépendance totale avant 1955.
Mais Sihanouk ne s'arrête pas là et demande en 1953 au parlement des pouvoirs spéciaux, prétextant des grèves lycéennes, ainsi que l’assassinat d’un gouverneur de province. Le roi attribue la responsabilité de ces troubles à Son Ngoc Thanh et reproche aux démocrates de le soutenir. Face à leur refus, Sihanouk fait encercler l’assemblée par les troupes et la dissout. Dix-sept démocrates sont emprisonnés pour « complot contre l’État » durant huit mois sans aucun jugement. L’opposition politique venait de disparaître.

La conquête de l'indépendance


En février, Sihanouk part en France, officiellement pour des vacances, en réalité pour négocier plus de concessions. Jusqu'ici, la France avait soutenu le roi dont la francophilie semblait la prémunir de demandes inconsidérées, espérant pouvoir préserver ses intérêts militaires et économiques. Mais Sihanouk, devenu un fin stratège politique, avait compris que la domination des Français en Indochine touchait à sa fin et militait désormais pour l’indépendance du Cambodge.

N’obtenant aucun résultat, le roi écourte sa visite et décide de rentrer en passant par les Etats-Unis, qui le mettent en garde contre une indépendance prématurée. Désabusé, Sihanouk affirme dans une interview au New York Times que si l’indépendance était reportée, les Cambodgiens pourraient "se révolter contre le régime actuel et rejoindre le Viet Minh". Peu après sa publication, la France fait savoir qu’elle accepte de rouvrir les négociations avec les émissaires du roi restés à Paris.

De retour au Cambodge, Sihanouk déplace son quartier général à Siem Reap et assaille l'administration française de demandes. Il bénéficie du soutien populaire, les Khmers considérant que les Français devaient partir. Le commandant militaire français au Cambodge rapporte alors que la situation y est désespérée, affirmant qu’une victoire militaire nécessiterait quinze bataillons coloniaux supplémentaires. 

Sihanouk ne voulant pas lier le destin de son pays à celui du Laos ou du Vietnam, les Français acceptent de négocier avec lui de la seule question cambodgienne. Négocier avec le Cambodge permet à la France engluée dans la guerre d'Indochine de déplacer ses troupes sur d’autres fronts. En août, un accord est trouvé sur le transfert des pouvoirs en matière de police et de justice. En octobre, après des difficultés sur la question des forces armées, une convention est signée. Enfin, le 9 novembre 1953, l’indépendance du Cambodge est officiellement proclamée. Au début de 1954, de nouveaux transferts en matière diplomatique et économique consacrent la pleine indépendance du royaume, que les accords de Genève signés en juillet font reconnaître au niveau international.